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Dans Les Griffes De La Hammer
Nicolas Stanzick

- Critique par Francis Moury.

- Critique par Daniel Frenette.



Retour Aux RubriquesCritique par Francis Moury

Du livre de Nicolas STANZICK, « DANS LES GRIFFES DE LA HAMMER – La France livrée au cinéma d’épouvante (1957-2007) », éditions Scali, Paris le 10 juillet 2008.

"Dans Les Griffes De La Hammer" de Nicolas Stanzick.Nous avons achevé avant-hier soir, vers 3 heures du matin, les 470 pages que compte ce mémoire universitaire méthodiquement transformé et augmenté, durant 4 ans, en un authentique livre d’histoire du cinéma. A tel point qu’il compte aujourd’hui en annexe 10 entretiens fleuves - dont un avec votre serviteur – constituant à eux tous la moité du volume. Et sans oublier une bibliographie supérieure à tout ce qui existait en langue française ainsi que des tableaux de box-office historique indispensables à connaître, des notes très soignées et précises, et enfin des illustrations N.&B. soigneusement choisies, dont certaines sont fondamentales pour la remise en situation « hic et nunc » de la Hammer films.

Stanzick souhaitait un cahier central en couleurs : il ne l’a pas obtenu de son éditeur. Mais pouvoir contempler une photo du cinéma Colorado du Boulevard de Clichy ou la fameuse photo du cinéma Midi-Minuit la semaine de l’exclusivité du Cauchemar de Dracula avec la queue des spectateurs du Boulevard Bonne Nouvelle, vaut bien qu’on se passe de la couleur ! Si certains lecteurs veulent contempler les couleurs originales de la célèbre et magnifique photo de plateau de Christopher Lee en créature dans The Curse of Frankenstein [Frankenstein s’est échappé] de Terence Fisher qui ouvre le chapitre 1, ils pourront toujours tenter de se procurer le numéro « spécial Hammer » paru en 1996 des « Archives Nostalgia » d’Occafilm, préfacé par Ronald V. Borst, illustré par les magnifiques archives de Lucas Balbo. Nous avons pu mettre la main dessus, pour un prix dérisoire, à l’occasion de la triste vente Dionnet l’année dernière : curieux hasard ou clin d’œil du destin, de la Némésis grecque qui veille jalousement au sort des mortels. Bref… Et si ces mêmes lecteurs veulent, en outre, contempler en couleurs les belles couvertures de la revue « Midi-Minuit Fantastique » qui ouvrent le chapitre contenant l’entretien avec Romer, ils ne leur restera plus qu’à se ruer dans la boutique de Norbert Moutier (lui aussi faisant partie des « entretenus », d’ailleurs) qui pourra peut-être leur en vendre un, ou bien à se rendre chez Cinédoc où nous avions complété en son temps notre propre collection ! Au demeurant, certaines images (celle de Caen et Lee prise sous l’entrée du cinéma) proviennent directement de la revue « Midi-Minuit Fantastique » difficilement trouvable aujourd’hui. Et qu’il n’oublie surtout pas d’acheter les « Creepy », « Eery » et « Vampirella » qu’il y trouvera s’ils couvrent les années 1970-1975 : il s’y retrouvera davantage encore !

Le Midi-Minuit lors de la sortie du "Cauchemar de Dracula" en 1959.Le livre de Stanzick donne envie au lecteur de faire tout cela - sans parler de l’envie de revoir les Hammer films cités tout du long de son voyage au centre de la mémoire : cela va sans dire et Seven sept va probablement devoir ressortir des DVD de sa collection Hammer sortie en 2005 - nous en sommes certain, et c’est un de ses grands mérites. Il est animé d’une flamme élaborée et réfléchie, claire et distincte sans pour autant qu’aucune obscurité ni aucune ambivalence ne soit négligée. Elle est communicative. Elle s’intéresse d’ailleurs à la manière dont la Hammer fut « communiquée » et reçue en France durant 50 ans. René Prédal avait déjà ébauché ce genre de recherches en s’attachant à l’histoire de « Midi-Minuit Fantastique » d’une part, à l’histoire de la réception par la presse française des films de Fisher d’autre part. Mais l’ambition de Stanzick dépasse ce simple support : Stanzick a visé et, souvent – pas toujours car la réalité reconstruite ne peut pas valoir la réalité vécue : ni l’information, si précise soit-elle, ni l’interprétation si intelligente soit-elle aussi, ne peuvent parfois compenser le temps passé : le mouvement global est en revanche très correctement restitué - réussi à peindre, en la reconstruisant précisément dans son ordre chronologique, la réception affective, sociale, intellectuelle, esthétique du cinéma d’horreur et d’épouvante par les différents publics de la Hammer en France. Ce n’est pas rien et ce livre est une date dans l’historiographie du cinéma, équivalente en importance à celle de la rétrospective Terence Fisher à la Cinémathèque Française en 2007, au sujet de laquelle nous renvoyons le lecteur à notre article paru sur Ecranlarge l'année dernière.

Stanzick n’a certes pas vécu la première moité de la période dont il parle puisqu’il est né en 1978. Son travail est donc équivalent, du point de vue méthodologique, à celui de Georges Sadoul lorsque ce dernier traitait du cinéma muet. Comme le fondateur de l’histoire française du cinéma, Stanzick a établi scrupuleusement les différents types de sources (orales, filmiques, papier, etc.) auxquelles il a demandé l’information sur ce passé fabuleux. Il a rencontré trois, voire presque quatre générations de témoins vivants et d’acteurs directement impliqués, à un titre ou à un autre, dans le passage de relais du « témoin » Hammer films en France. Il a compulsé les livres et revues parues en France de 1957 à nos jours sur le sujet et il les a compulsés très soigneusement. Il n’a pas tout compulsé, bien entendu et nous avons relevé avec un sadique plaisir (nuancé de mélancolie : notre savoir est aussi la rançon de notre âge) quelques lacunes. En revanche, il nous semble que telle quelle, cette bibliographie est la plus complète jamais parue en France sur la Hammer, jusqu’à une seconde édition qui l’enrichira encore peut-être. Car il manque quelques numéros de l’importante revue « Ecran », par exemple : ainsi le N° 37 de 1975, pp.17-22 et 68-69 n’est pas cité alors qu’il contient à la fois une savoureuse critique de la version « caviardée hard » de La Nuit de la grande chaleur de Fisher et un ample article assez étonnant de Gérard Lenne sur « Le Fantastique hors du ghetto » comprenant une sorte de révision mélancolique de certains Hammer comme Le Cauchemar de Dracula ou Le Redoutable Homme des neiges de l’Himalaya, à l’occasion de la rétrospective Hammer de la Convention du cinéma fantastique qui se tenait cette année-là au Palais des Congrès. Révision à laquelle, nous le disons à Lenne s’il nous lit, nous ne souscrivions pas lors de ladite et à laquelle nous ne souscrivons toujours pas : y souscrit-il aujourd’hui lui-même, s’il relit ces lignes ? Nous sommes certains que non, lorsque nous écoutons son commentaire passionné de l’art de Vincent Price dans le DVD Bach Film de la collection Serial Polar, en supplément à l’intéressant et très rare Shock d’Alfred Werker avec Price.

Avouons-le de prime abord : nous avons commencé par dévorer les 10 entretiens et n’avons lu qu’ensuite la première partie historique. Autrement dit, nous avons lu le livre à l’envers ! Non seulement parce que nous voulions relire notre propre entretien au plus vite – son intégrité est intacte et parfaitement retranscrite : nous précisons qu’il conclut en quelque sorte le livre, par un choix qu’il appartiendra au lecteur d’apprécier, ou par le hasard de la chronologie puisqu’aussi bien le nôtre est le seul effectué en 2007 alors que tous les autres furent effectués en 2004 - mais encore et surtout parce que nous voulions ensuite dévorer ceux des 9 autres afin de comparer leurs souvenirs et leurs positions aux nôtres !

Couverture du n° 1 de MMF (1962).Commençons par dire un mot de ceux avec Michel Caen (né en 1942) et Jean-Claude Romer (né en 1933), qui furent les fondateurs - avec Alain Le Bris toujours resté dans l’ombre depuis, et sous le patronage spirituel nécessaire du grand Jean Boullet (1921-1970) - de la revue « Midi-Minuit Fantastique », la revue qui détermina l’avènement d’une authentique cinéphilie fantastique française au début des années 1960. Romer s’était récemment expliqué sur cette période dans un entretien clair publié sur Devildead.com et n’ajoute pas grand chose à ce qu’on a pu lire. Caen en revanche précise bien des points, et l’entretien vaut d’être lu car il s’exprime rarement à présent sur cette période. Il est d’une grande lucidité et s’avère parfois très étonnant.

Noël Simsolo et Jacques Zimmer étaient des critiques généralistes. On lit leur commentaires rétrospectifs sur cette période avec un intérêt réel lorsqu’ils apportent des précisions ou des anecdotes historiquement positives mais on aurait préféré, on le dit franchement, avoir un entretien avec des témoins de la même génération, comme Jean-Pierre Bouyxou ou Paul-Hervé Mathis, à la place de ces deux-là. On aurait préféré, disons-nous, car même si Zimmer a effectivement ouvert les colonnes de « La Revue du cinéma – Image et Son » et de la « Saison cinématographique » à quelqu’un du calibre de Jean-Marie Sabatier, ladite Revue et ladite Saison crachèrent pendant très longtemps sur le genre et sur ses cinéastes. A commencer par Zimmer lui-même qui crachait sur Les Vierges de Satan allègrement dans la Saison 1970 et qui laissait paraître dans la même les critiques les plus ignobles jamais écrites sur Le Retour de Frankenstein et Les Deux visages du Dr. Jekyll. Simsolo clame admirer Fisher depuis toujours : c’est vrai. Le problème c’est que le reste des cinéastes Hammer ne trouve pas souvent grâce à ses yeux et qu’il a une assez forte tendance à en dire du mal à la même époque : on a lu dans cette même Saison sous sa plume au tournant des années 1970 des critiques parfaitement méprisantes de films fantastiques remarquables, strictement contemporains de ceux de la Hammer, comme le très beau The Oblong Box [Le Cercueil vivant] de Gordon Hessler ou appartenant à la Hammer comme le passionnant Les Cicatrices de Dracula de Roy Ward Baker. Leur ralliement un peu trop appuyé aujourd’hui à la cause Hammer n’arrive pas tout à fait à nous convaincre, c’est le moins qu’on puisse dire.

Ensuite Gérard Lenne qui a publié d’abord le beau « Le Cinéma fantastique et ses mythologies » qui demeure l’un des grands livres sur le genre au tournant des années 1970, publié chez les Dominicains des éditions du Cerf : sa réédition de 1985 chez Henri Veyrier, supérieure à l’original à tous points de vue – absence d’index nomini mise à part : on aurait aimé que le livre de Stanzick en disposât aussi, soit dit en passant - renie heureusement son vocabulaire et son raisonnement structuraliste initiaux, mais conserve la flamme amoureuse initiale.

Moutier et Schlokoff complètent les deux premières générations de cinéphiles : l’un est créateur d’un fanzine qui fut l’émule de celui de Pierre Charles, l’autre le créateur de la Convention du cinéma fantastique. Ils ont été au cœur des choses, et l’entretien avec Schlokoff précise bien des points essentiels. Celui de Moutier offre par sa sincérité un aspect « brut de décoffrage » qui réjouira les tenants du premier degré.

Peter Cushing dans "Frankenstein S'Est Échappé" de Terence Fisher (1957).Christophe Lemaire et Jean-François Rauger sont nés la même année que nous ! Nous appartenons bien à la troisième génération, non pas de terroristes comme dans le médiocre film de R.W. Fassbinder, mais de hammeriens. Lemaire est un peu une contrepartie ironique de Moutier puisqu’il est un critique qui se veut d’abord témoin, rapporteur factuel et surtout pas critique, tandis que Rauger est une profonde contrepartie analytique de Schlokoff, si on veut filer la métaphore des parallélismes d’attitudes d’une génération à l’autre. Ils se répondent et se complètent bien, de ce point de vue. Est-ce que les trois de 1960 font la paire ? On vous laisse répondre. Quant à nous, « Moury par lui-même » n’étant pas encore au programme de la collection « Microcosme » des éditions du Seuil – si toutefois elle existe encore ? - un commentaire par nous même de notre propre entretien n’aura pas lieu.

Abordons à présent la première partie historique du livre.

Commençons par quelques critiques, et relevés d’erreurs : le négatif vient toujours d’abord. Outre d’assez nombreuses coquilles, il y a quelques erreurs, même si assez peu sur l’ensemble qui est globalement très sérieux. Page 39, ce n’est pas Tony Faivre qui a traduit « Dracula » de Bram Stoker aux éditions Gérard & Cie, collection Marabout, Bibliothèque fantastique mais bien Lucienne Molitor. Faivre avait rédigé une importante introduction à cette traduction. Quant aux éditions Gérard & Cie, elles furent domiciliées à Verviers en Belgique, mais Verviers est une ville, pas un éditeur ! Page 409 nous confirmons que le titre français exact d’exploitation du film de Guest est Le Redoutable homme des neiges de l’Himalaya et non pas L’Abominable homme des neiges. Page 440, le titre exact du livre de Michel Laclos paru en 1958, est « Le Fantastique au cinéma » et non pas « Le Cinéma fantastique ». Enfin, last but not least, nous ne sommes le concepteur éditorial du Catalogue annuel de L’Etrange Festival que pour les années 2003, 2004, 2005 et 2006 mais les années antérieures furent rédigées sans nous.

Couverture du n° 24 de MMF (1970) - Photo des "Horreurs De Frankenstein" de Jimmy Sangster.Sur le fond, il y a en outre matière à discussion. Il nous semble ainsi que la distinction entre les deux périodes de la revue MMF (1962-1966 et 1966-1971) n’est pas peut-être pas aussi tranchée que Caen veut bien le dire et qu’elle ne fut pas si tranchée non plus dans l’esprit des lecteurs. MMF demeurait de toute manière une revue marginale, lue par une infime fraction de la population, et c’est surtout auprès d’une élite critique que de tels changements furent éventuellement porteurs de sens immédiat. Dès l’origine, au demeurant, il y avait du cinéma classique Universal au programme de la revue et pas uniquement de la Hammer, comme Nicolas le sait bien : un n° spécial King-Kong, un autre sous le patronnage de Zaroff. Les années expressionnistes allemandes – à ce propos, nous pensons aussi qu’on peut qualifier l’expressionnisme allemand muet de véritable premier âge d’or du cinéma fantastique : Stanzick a tout à fait raison de l’écrire – et les années Universal 1931-1945 furent bien représentées dans MMF.

MMF et la Hammer symboles d’une contre-culture hippie ou rock ? Franchement, nous ne le croyons pas car nous avons vécu très souvent à cette époque des projections dans lesquels lesdits hippies se moquaient cordialement ou agressaient vertement les productions Hammer qu’ils jugeaient globalement réactionnaires, archaïques et sans intérêt. Que certains critiques français aient tenté de transformer la Hammer en instrument de libération esthétique, le fait est patent. Mais ce ne fut absolument pas la manière dont le public populaire ni même le reste du grand public reçut ces films. Inconsciemment en revanche, et même d’un point de vue sociologique si on accepte l’idée d’un inconscient collectif actif différent des consciences individuelles le constituant, la thèse de Stanzick peut se défendre mais elle nous semble une reconstruction artificielle plus qu’une vérité, nous devons bien l’avouer. La Hammer au demeurant ne critique pas la société victorienne qu’elle représente. Et en outre, cette société et sa matière scénaristique ne sont pas « gothiques » stricto sensu : ce terme est un peu inapproprié. Il y a des traces de roman noir gothique et frénétique – tel qu’un Maurice Lévy l’avait étudié vers 1970, avant sa magnifique étude sur H.P. Lovecraft - dans les films de la Hammer mais à part les films – mineurs - consacrés à Robin des Bois par Fisher et un ou deux autres cinéastes sous contrat, aucun Hammer ne se passe au Moyen-âge.

Susan Denberg et Peter Cushing dans "Frankenstein Créa La Femme" de Terence Fisher (1967).Peut-on dire que la scène de destruction du comte Dracula à la fin du Cauchemar de Dracula soit matricielle du cinéma gore ? Une ou deux annéee auparavant, Riccardo Freda avait déjà filmé, avec les effets spéciaux fournis par Mario Bava, une destruction corporelle assez similaire – qui allait certes moins loin mais qui était déjà très poussée, même si pas jusqu’à la décomposition – de la belle actrice Gianna Maria Canale à la fin de I Vampiri. Au demeurant le cinéma « gore » commence où celui de la Hammer s’achève : il joue sur d’autres pistes. Hershell Gordon Lewis est un cinéaste passionnant mais il n’a guère de lien avec la position éthique et esthétique d’un Terence Fisher. Et il ne faut pas oublier que les chefs-d’œuvre produits et/ou réalisés par Baker et Berman comme Jack L’Eventreur (1958), L’Impasse aux violences (1959), Le Sang du vampire (1959) vont parfois aussi loin voire plus loin dans ce domaine, sans oublier d’autres productions anglaises indépendantes de la Hammer, celles de la Tigon, de la Amicus, etc. Qu’on songe au Cirque des horreurs de Hayers par exemple. La Hammer n’a pas eu le monopole de l’horreur graphique en 1960, loin de là. L’Horrible Dr. Orloff de Franco date de 1960 et Le Moulin des supplices de Ferroni, aussi de 1960. Sans oublier non plus Les Yeux sans visage de notre grand Franju qui est probablement le plus grand film fantastique français jamais réalisé au XXe siècle.

Dracula prince des ténèbres est écrit par Sangster sous pseudonyme mais d’après un sujet de John Elder alias Anthony Hinds. Lequel des deux a-t-il déterminé le script et son évolution ?

Pourquoi, enfin, avoir négligé délibéremment les films fantastiques « non-gothiques » de la Hammer ? La note qui précise cette décision ne nous a pas du tout convaincu. Pourquoi, au nom d’un être de raison nommé « gothique », se priver, amputer du corpus Hammer, des titres aussi passionnants que les trois Quatermass – les deux premiers films de Guest déterminèrent par leur succès l’orientation définitive de la firme dans le fantastique en 1955-1957 – et d’autres titres tout aussi passionnants : les films préhistoriques comme Un Million d’années avant Jésus-Christ de Don Chaffey ou Femmes préhistoriques de Michael Carreras, les films d’aventure fantastique comme Le Peuple des abîmes de Michael Carreras sont ainsi totalement absents. Paranoïac de Francis et Les Etrangleurs de Bombay de Fisher le sont aussi.

Terence FisherA présent, les bons points ! Du point de vue historique nous ignorions que La Revanche de Frankenstein de Fisher avait été un échec relatif au box-office international et que c’est cet échec qui avait déterminé la mise en route, sur des bases scénaristiques différentes, et avec Freddie Francis à la place de Terence Fisher comme cinéaste, de The Evil of Frankenstein [L’Empreinte de Frankenstein] : le point est un pur point d’histoire économique du cinéma qu’il faut savoir dorénavant. Bouyxou lui-même, lorsqu’il rédigea son beau « Frankenstein » (éd. Premier Plan, 1969) n’en était apparemment pas conscient. Un bon point pour Nicolas Stanzick qui amène cette information importante en lumière ici et maintenant. Il n’est jamais trop tard pour préciser un point d’histoire de la Hammer. Et Stanzick nous a apporté d’autres informations d’une même importance à l’occasion : il bénéficie des recherches antérieures et a su les exploiter, les clarifier, les rassembler d’une manière claire, cohérente, souvent élégante.

On le voit, il demeure dans ce livre des points sur lesquels nous sommes réservés et sur lesquels nous pourrions discuter. Mais au total, compte tenu de l’ensemble du travail, ils sont raisonnablement rares et portent plutôt sur l’interprétation que sur des erreurs factuelles. Certains résumés sont même très utiles et novateurs : celui sur Jean Boullet est très bien et donne envie de lire le livre complémentaire de Denis Chollet. Et encore une fois, tout le reste, même si matière à discussion pointue, demeure une source sûre d’information pour tout étudiant ou curieux désireux de couvrir ce sujet et cette période. Les deux derniers chapitres sont un exemple de compréhension correcte : nous nous y sommes absolument retrouvés nous-mêmes décrits objectivement par Stanzick, avec une acuité et une parfaite intelligence du contexte, rétrospectivement. Nous les citons de préférence aux premiers chapitres car ici, nous sommes nous aussi témoins de première main, ce qui nous donne un avantage certain pour en juger.

Bref : un livre qui complète très utilement, par un point de vue original et d’une manière synthétique, les grands classiques de l’histoire française du cinéma fantastique déjà publiés de 1958 à nos jours. Et le premier grand livre sur le cinéma fantastique paru dans notre pays au XXIe siècle : nous sommes fiers d’être présents dans cette somme. Nous en souhaitons au plus tôt une réédition agrémentée cette fois-ci d’un Index nomini qui en rendra plus commode la consultation, corrigée de ses assez nombreuses coquilles, dotée d’un cahier couleurs supplémentaire. Mais tel quel, à acheter sans plus attendre car l’objet est déjà assez beau. (Francis Moury).





Retour Aux RubriquesCritique par Daniel Frenette

Une injustice enfin réparée ! Québec le 2 août 2008.

"Dans les griffes de la Hammer" est le premier livre en français écrit sur la Hammer Films.

Christopher Lee dans le "Cauchemar De Dracula" de Terence Fisher (1958).Injustice, entre autres, parce qu'il en existait déjà une multitude en anglais.

Ce livre de Nicolas Stanzick est des plus agréable à lire. Il se distingue des autres livres écrit sur le sujet, en ce sens qu'il nous fait comprendre dans sa première partie, pourquoi le cinéma fantastique était si peu populaire en France. Pourquoi les films de ce studio étaient si mal vus et même rejetés par les revues sur le cinéma de l'époque.

On y parle des pionniers, qui ont créé la première revue sur le cinéma fantastique (Midi-Minuit Fantastique ou MMF), qui ont osé tirer une pierre dans la marre et ainsi donner naissance à la reconnaissance de ce genre cinématographique en France au travers des films de Terence Fisher et de la Hammer. Cinéma fantastique qui pourtant était né dans ce même pays grâce à Méliès, mais qui fut oublié par la suite.

La seconde partie du livre fait témoigner sous forme d'entrevues, plusieurs personnalités de cette époque. Ils nous parlent de cet accouchement difficile, des salles de cinéma mythiques où étaient projetées ces films (Midi-Minuit, Le Colorado, etc.), de la distribution cahotique de ceux-ci dans les différentes salles du pays, et bien plus...

Aujourd'hui la Hammer Films est reconnue de plus en plus à travers le Monde. Ce livre en est un bon exemple. L'injustice est enfin réparée. (Daniel Frenette).

Cette critique est aussi présente, sur la page de vente du livre de amazon.fr.

Je vous invite à visiter le site officiel de la page du livre de Nicolas Stanzick, sur myspace à cette adresse : http://www.myspace.com/hammergothic.




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