présente

The Phantom Of The Opera
Le Fantôme De L'Opéra

CRITIQUE DVD




Collection « Les grands classiques de la Universal – films fantastiques : horreur & épouvante »
LE FANTÔME DE L'OPÉRA
[THE PHANTOM OF THE OPERA]
(G.B. 1962) de Terence Fisher

1 DVD 9 (Zone 2) PAL édité par Bach Films (le 06 juillet 2007) Durée vidéo du film : 84’ ou 1H 24min- Format 2.00 compatible 4/3 – Son : D.D. 2.0 Mono v.o.s.t.f. + v.f. - supplément

Résumé du scénario

Au XIXe siècle, Le Royal Opera de Londres est hanté par un « fantôme » qui sape les répétitions du « Jeanne d’Arc » composé par Lord Ambrose et que doit interpréter la jeune cantatrice Christine. Harry, directeur artistique qui soupçonne Ambrose de s’être approprié la musique d’un autre, va tout faire pour percer le mystère tout en protégeant Christine.

FICHE TECHNIQUE SUCCINCTE :
Réalisation : Terence Fisher
Production : Anthony Hinds & Basil Keys
Producteur executif : Michael Carreras (aux Studios de Bray, Angleterre)
Distribution originale : Universal Pictures
Scénario : John Elder d’après le roman de Gaston Leroux
Directeur de la photo : Arthur Grant (Eastmancolor Pathé)
Montage : Alfred Cox supervisé par James Needs
Musique composée et dirigée par : Edwin Astley
Décors : Bernard Robinson & Don Mingaye (scènes d’opéra filmées au Royal Opera House, Covent Garden)
Effets Spéciaux : Sidney Pearson
Maquillage : Roy Ashton
Costumes : Molly Arbuthnot.

CASTING SUCCINCT: Herbert LOM (le fantôme), Heather SEARS (Christine), Edward DE SOUZA (Harry), Thorley WALTERS (Lattimer), Michael GOUGH (Lord Ambrose), Harold GOODWIN (Bill), Martin MILLER (Rossi), Liane AUKIN (Maria), Sonya CORDEAU (Yvonne), Marne MAITLAND (Xavier), Miriam KARLIN (Charwoman), Patrick TROUGHTON (le chasseur de rats), Renee HOUSTON (Madame Beker / Mrs. Tucker), Keith PYOTT (Weaver), John HARVEY (sergent de police Vickers), Michael RIPPER (premier cocher), Miles MILLESON (second cocher), Ian WILSON (le nain complice du fantôme), etc.

1) IMAGE Format 2.00.1 Eastmancolor pour une copie anglaise d’origine compatible… 4/3 alors que les Américains disposent en NTSC zone 1 d’une copie compatible 16/9 : aberrant. Mais le format original est strictement respecté : c’est l’essentiel. On peut d’ailleur bénéficier de l’écran large en sélectionnant la position la plus large sur une télé 16/9 pour compenser. La copie chimique anglaise ici présentée est en bon état. Sa luminosité n’est pas toujours satisfaisante : la séquence d’ouverture par exemple. Mais la colorimétrie est respectée, et la définition soignée. La rémanence issue du passage du NTSC au PAL est bien contrôlée. La numérisation est donc, absence de 16/9 mise à part, très honorable. Mais nous ne pouvons mettre davantage que la moyenne, compte tenu de cette lacune.
Note : 5/10.

2) SON Dolby Mono d’origine 2.0 VOSTF. et VF. d’époque : cette fois-ci, c’est la bonne puisque le zone 1 NTSC du coffret Hammer-Universal ne proposait qu’une v.o.s.t.f : Bach films offre enfin un plus ! Certes cette VF n’est pas synchrone : le son français est asez régulièrement en avance sur les mouvements des lèvres des acteurs anglais. Mais il faut incriminer le technicien de l’auditorium français sélectionné par le distributeur français de la saison cinématographique 1963 : le doublage des comédiens français est par ailleurs pertinent et soigné. On peut en outre bénéficier de la VOSTF en aggrandissant l’image au maximum sur une télévision 16/9 permettant de le faire, car les ST – même lorsqu’ils comprennent deux lignes - sont inscrits au-dessus du cache inférieur noir situé sous l’image elle-même, si bien qu’aucune ligne de dialogue ne sera perdue avec un film visionné sur un écran large à sa taille maximum. C’est une compensation à l’absence d’encodage 16/9 même si cela ne nous en console pas.
Note : 8/10.

3) INTERACTIVITE Menu principal d’une esthétique simple et fonctionnelle. Outre un chapitrage, on trouve un documentaire basique (4/3 N&B + couleurs, durée 28 min à peu près, VF et VOSTF) sur le cinéma fantastique signé Laurent Préyale, fait avec peu de moyens mais sympathique même si on n’y parle pas du Fisher de 1962. Pourquoi n’avoir pas tout simplement présenté le jeu complet de photos d’exploitation anglaises et françaises, et une galerie affiches de ce Fisher ? Ce supplément tout simple mais adéquat nous aurait davantage satisfait.
Note : 2/10

4) CRITIQUE Le Fantôme de l’Opéra de Terence Fisher est la meilleure adaptation jamais filmée du roman de Gaston Leroux. Elle surpasse la version muette, baroque et souvent étonnante de Rupert Julian avec Lon Chaney (dont la version intégrale restaurée avait été présentée à Montréal, si nos souvenirs sont exacts, vers 1991), la version parlante d’Arthur Lubin avec Claude Rains, et les autres versions, y compris celles réalisées par Brian de Palma (qui était une tentative de modernisation purement externe) et celle de Dario Argento, à peine digne d’un téléfilm. Du point de vue de l’histoire du cinéma, comme de l’histoire du sujet, Fisher retrouve le secret tragique de l’âge d’or 1931-1945 du cinéma fantastique (le monstre amoureux) et il le retrouve d’une manière inhabituellement pure, rarement atteinte dans son œuvre. Le scénario de John Elder (Anthony Hinds) est sublimé tout naturellement d’un degré puisque ce magnifique sujet est ici « appliqué » à l’esthétique : le monstre amoureux d’une artiste parce qu’elle pourrait incarner la perfection de son art. Reste que le degré de fidélité du scénario d’Anthony Hinds à l’œuvre littéraire originale est une question sans intérêt : le film est à nos yeux d’abord authentiquement fishérien - et du meilleur Fisher ! - avant d’être une adaptation de Gaston Leroux.

Michel Caen avait reproché à Fisher, dans Midi-Minuit n°7 «Actualité du fantastique », Paris septembre 1963 (pp. 59-60) son budget excessif (le film était présenté comme le plus cher jamais produit dans le genre : 400.000 £) qui l’aurait contraint à une certaine retenue en matière d’érotisme et de violence, un scénario médiocre de John Elder / Anthony Hinds et une photo de Grant inférieure à celle d’Asher. René Prédal a selon nous assez bien réfuté – assez bien mais partiellement - ces trois reproches dans sa monographie sur Terence Fisher : Fisher livre une œuvre personnelle ; le scénario de Elder / Hinds est original par bien des aspects (rebondissements inattendus, construction de la progression dramatique qui révèle le fantôme d’emblée et brosse un étonnant portrait d’un Lord sadien impressionnant, description sociale d’un Londres victorien attaqué par le vice, la folie, les rats, la pauvreté) et la photo de Grant souvent magnifique (le mouvement halluciné et malade de caméra qui ouvre le film d’une manière à la fois expressionniste et baroque, les plongées et contre-plongées dans les coulisses, la précision des dominantes rouges, etc.). Même le reproche de Caen concernant le casting féminin de l’héroïne jouée par Heather Sears, honnête actrice mais d’une beauté assez quelconque, nous semble rétrospectivement à côté de la plaque : Caen rate la visée profonde de Fisher. Le Fantôme De l’Opéra est en réalité un film authentiquement fishérien, très subtil et très beau, nullement impersonnel comme on l’a cru injustement.

Lise Frenkel remarquait dans la seconde partie de son étude sur « Cinéma et psychanalyse » que « la contre-plongée est un moyen très efficace de suggérer une atmosphère de rêve ». C’est d’emblée là que se situe le génie de Fisher, puisque Le Fantôme De l’Opéra s’ouvre ainsi : dans le domaine du « ça », de l’inconscient absolu au sein duquel la caméra pénètre, tel un œil halluciné, croisant un autre être physiquement halluciné (le nain en état de catatonie) par la musique que joue le fantôme, révélé alors, démiurgique. Le film tout entier est placé sous le signe du rapport entre visible et invisible : le générique ensuite constitué par des plans de plus en plus rapprochés sur l’œil unique d’Herbert Lom, d’un noir abyssal et secret, se ferme alors que s’ouvre un plan de rue bondée, puis un rideau de scène, un spectacle, du visible donné pour tel. Fisher joue tout du long avec les niveaux de réalité et leur entrecroisement : inférieur-supérieur, secret-révélé, passé-présent. Peut-être une auto-analyse du fantôme qui fantasmerait en temps réel même si le film est donné pour un récit mené par un « directeur artistique » capable de percer à jour aussi bien les périls immédiats que les périls rémanents, toujours actifs, issus des profondeurs. Harry est un révélateur, structurellement aux prises avec un « objet » réellement érotique (la cantatrice comme femme et comme artiste), un « surmoi » vengeur (le fantôme), un « ça » brut (Lord Ambrose, le nain muet, les pauvres rapaces qui hantent le théâtre, la tanière fantastique du fantôme et ses dangers, la peur de la castration, du viol, du meurtre). La mise en scène de Fisher est, enfin, une méditation mélancolique et inspirée, à la fois sur la création artistique et sur la scène primitive : Petrie fut dépossédé par un père brutal et criminel (Lord Ambrose) puis brûle son œuvre pour en retrouver la paternité authentique mais perd son visage physique en commettant ce premier crime. Le fantôme ne redevient humain que masqué, paternel que lorsqu’il a commis un rapt, artiste que par le crime, reconnu qu’une fois mort.

NB : les séquences de l’opéra « Jeanne d’Arc » sont bien entendu directement inspirées par les versions classiques antérieures tournés de 1908 (Mario Caserini) à 1957 (Otto Preminger). Remarquons simplement deux choses. Terence Fisher est certes plus proche de la version Carl Dreyer (1928) que de celle tournée par Bresson (1963) quasi-simultanément mais il offre, notamment lors de la séquence du jugement de l’inquisition, une synthèse assez intéressante, quoique brève, des deux visions. L’actrice Heather Sears est curieusement plus à l’aise dans ce « rôle dans le rôle » que dans celui de Christine. Cette même séquence de l’Inquisition participe d’une critique historique, récurrente au sein des productions Hammer et qui trouve son aboutissement dans The Lost Continent [Le Peuple Des Abîmes] produit et réalisé en 1968 par Michael Carreras.
Note : 10/10


























Extrait du film.


Test, critique et captures d'écran du DVD par Francis Moury en date du 10 août 2007.

Mise en page par Daniel Frenette alias Dracula.


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