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The Gorgon
La Gorgone
Grande-Bretagne. 1964. 83 minutes. Eastmancolor. Film d'horreur réalisé par Terence Fisher. Directeur artistique : Bernard Robinson. Assistant Directeur artistique : Don Migaye. Directeur de la photographie : Michael Reed. Supervision montage : James Needs. Montage : Eric Boyd Perkins. Musique : James Bernard. Supervision musicale : Marcus Dods. Scénario : John Gilling d'après une histoire de J. Llewellyn Devine. Producteur : Anthony Nelson Keys. Assistant metteur en scène : Bert Batt. Ingénieur du son : Ken Rawkins. Montage son : Roy Hyde. Continuité : Pauline Harlow. Coiffures : Frieda Steiger. Garde-robe : Rosemary Burrows. Maquillage : Roy Ashton. Production menager : Don Weeks. Caméraman : C.Cooney. Effets spéciaux : Syd Pearson. Arrangeur des combats : Peter Diamond. Production : Hammer Film Productions. Distribution : Columbia Pictures (USA). Sortie aux États-Unis le 17/02/1065, en Grande-Bretagne le 21/08/1964 et en France le 19/04/1967, une seule fois à Paris, au Racine, dans le cadre du « Premier cycle Midi-Minuit Fantastique ».
Principaux interprètes : Peter Cushing (Docteur Namaroff), Christopher Lee (professeur Carl Meister), Richard Pasco (Paul Heitz), Barbara Shelley (Carla Hoffmann), Michael Goodliffe (professeur Heitz), Patrick Troughton (Kanof), Jack Watson (Ratoff), Jeremy Longhurst (Bruno Heitz), Toni Gilpin (Sascha Cass), Redmond Phillips (Hans), Alister Williamson (Janus Cass), Joyce Hemson (Martha), Joseph O'Connor (le coroner), Michael Peake (un policier), Sally Nesbitt (une infirmière), Prudence Hyman (la gorgone).
Un texte défile par-dessus l'image d'un château que l'on devine à travers des arbres : "le château Borski surplombait le village de Vandorf. Au début du siècle, un monstre venu d'un autre temps s'y installa, anéantissant toute vie humaine, et faisant planer le spectre de la mort au-dessus de ses futures victimes".
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Bruno Heitz, un artiste peintre, fait le croquis de Sasha, sa fiancée, qui lui demande s'il est enfin décidé à l'épouser. Il lui rétorque qu'il n'est pas assez fortuné. Alors, elle lui apprend qu'elle est enceinte de lui. Malgré les supplications de la jeune femme, Bruno s'empresse de partir annoncer au père de celle-ci "qu'il ne faillira pas à ses obligations". La jeune femme se lance dans la nuit à sa poursuite. A la lueur de la pleine lune, elle voit quelque chose qui la terrorise et lui fait pousser de longs hurlements de terreur.
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L'inspecteur Kanof apporte le corps de la jeune femme au centre médical de Vandorf où exercent le docteur Namaroff et sa belle assistante Carla. Le policier dit au docteur que cette fois, "ce n'est pas comme les sept autres meurtres non élucidés". Leurs soupçons se portent sur le compagnon de la victime, Bruno Heitz, qui est le fils du professeur Jules Heitz, de l'université de Berlin avec qui Namaroff a fait ses études. Ce dernier suggère à Kanof de partir à la recherche de Bruno Heitz avant d'avertir son père. Une pensionnaire en crise s'en prend à Ratoff, un infirmier ; Namaroff ordonne de lui passer la camisole de force. Un doigt de Sasha tombe du brancard sur lequel elle repose : son corps s'est pétrifié empêchant ainsi toute autopsie.
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Les policiers sont partis dans les bois à la recherche de Bruno. Les chiens ne tardent pas à le trouver pendu à un arbre. Le mode de vie de Bruno ne plaide pas en sa faveur. De plus, Namaroff fait un faux témoignage au sujet de la victime, prétendant qu'elle est décédée à la suite de violences. Le professeur Heitz défend la mémoire de son fils : il affirme que c'est la peur qui motive l'acharnement contre Bruno, et que son fils est un bouc émissaire. Le verdict tombe : Bruno aurait tué sa fiancée avant de se suicider.
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Carla ne pense pas que Bruno soit coupable et reproche à Namaroff de l'avoir chargé. Pour la jeune femme, la cause du meurtre est qu"elle" est revenue. Le père de Bruno vient rendre visite à Namaroff pour lui demander de l'aider à prouver l'innocence de son fils. Comme il se heurte aux réticences du docteur, il lui exprime ses théories : Mégère, une des trois gorgones, se serait réfugiée dans la contrée de Vandorf. Quiconque croise son regard est transformé en pierre. Malgré les avertissements de Namaroff, Heitz décide de rester sur place. Alors qu'il consulte un livre sur "la légende de Vandorf", un groupe d'hommes s'en prend à lui ; l'arrivée de la police fait fuir les assaillants. Kanof, lui aussi, lui conseille instamment de quitter les lieux. Heitz envoie un télégramme au professeur Meister lui demandant de prévenir son fils, Paul, de le rejoindre à Vandorf.
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La nuit venue, Heitz est attiré au dehors par un chant étrange et envoûtant qui le conduit jusqu'au château Borski. Il pénètre à l'intérieur, lugubre et délabré. Le vent se met à souffler, des pigeons prennent leur envol, et soudain, Heitz hurle de terreur : il vient de voir la mégère que l'on devine dans la pénombre. Il s'enfuit en courant jusqu'à chez lui. Son visage a déjà pris une couleur crayeuse. Il appelle Hans, un domestique, et lui demande de remettre une lettre à son fils, Paul, qui arrivera le lendemain. Il meurt non sans avoir eu le temps de décrire dans la lettre les évènements dont il a été la victime.
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Paul rend compte du contenu de la lettre à Namaroff : Heitz y parle de son corps qui se pétrifie, de la peur et de la conspiration du silence qui pèsent sur Vandorf, et de mégère... Namaroff lui fait part de son incrédulité. Paul, mélancolique, visite l'ancien logement de son père. Dans la petite cour où coule une fontaine, une ombre se profile dans le reflet de l'eau. Il finit par découvrir la présence de Carla qui ne tarde pas pas à lui proposer son aide, et lui affirmer croire en l'existence de Mégère. Visiblement sous le charme de la jeune femme, Paul lui est reconnaissant de l'intérêt qu'elle lui porte.
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Carla a lu la lettre et en dit de mémoire son contenu à Namaroff. Celui-ci tente de la prendre dans ses bras, mais elle le repousse doucement. Ratoff fait irruption dans la pièce pour annoncer au docteur qu'une aliénée s'est encore enfuie. Namaroff choisit ce moment pour apprendre à Carla que "Mégère a pris forme humaine".
Par une nuit de pleine lune, un orage éclate. Paul se sent irrésistiblement attiré au dehors. Il évite de justesse le terrible regard de la gorgone qui se trouve dans les parages. On le retrouve dans un lit du centre médical, le visage décomposé, avec Carla à son chevet. Namaroff examine le corps sans vie de la pensionnaire qui s'était enfuie, puis vient aux nouvelles de Paul. Comme ce dernier l'interroge sur ce qui lui est arrivé, le docteur lui apprend que c'est Carla qui l'a découvert inanimé, et qu'il est dans cet état depuis cinq jours. Paul voudrait comprendre ce qu'était la "chose horrible" qu'il a vue, mais Namaroff lui ordonne de se reposer, et lui montre son visage dans un miroir pour l'en convaincre.
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La nuit, Paul se réveille d'un cauchemar en hurlant. Il parle à Carla de sa vision d'une figure hideuse avec des serpents sur la tête. La jeune femme parvient à le calmer grâce à la grande douceur qu'elle lui témoigne.
Paul entre dans le bureau de Namaroff. Quand il croise Carla, il lui prend amoureusement la main. Le docteur surprend ce geste et en semble affecté. Paul lui demande sa collaboration pour résoudre le mystère, mais Namaroff refuse en prétendant ne pas comprendre de quoi il parle. Il congédie Paul qui lui dit sa volonté de trouver la créature et de la détruire. Une fois le jeune homme parti, le docteur convoque Ratoff pour lui ordonner de ne pas "la" quitter des yeux car "la mort la guette".
A la lueur de la lune, Paul exhume le cercueil de son père et constate que le corps est tranformé en pierre. Carla fait alors son apparition et lui avoue qu'elle a dit de mémoire la lettre du professeur Heitz à Namaroff afin que ce dernier puisse "faire la lumière sur Mégère". Elle admet aussi que le docteur est amoureux d'elle mais qu'elle ne peut le quitter, et partir avec Paul comme il le lui demande.
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Paul revient chez lui, seul et très abattu. Le professeur Meister sonne à sa porte. Il demande à Paul de tout lui raconter. Pendant ce temps, Namaroff extrait le cerveau de la boîte crânienne de Martha, la démente décédée. (Amusant de remarquer que même dans un film ne nécessitant pas d'opération de ce type, Peter Cushing en réalise une malgré tout, comme si ce genre de scène était contractuel pour l'acteur à cette époque). Carla entre dans la salle et Namaroff lui demande si elle est sortie seule : la jeune femme lui ment en lui répondant que oui. Puis, le docteur fait cette observation : « je m'étonne de voir que le cerveau, oeuvre divine la plus noble, soit aussi la plus répugnante pour l'oeil humain ». Comme Carla laisse entendre que Martha pourrait être la gorgone, Namaroff la contredit formellement mais refuse de lui faire part de ses soupçons.
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Meister explique à Paul qu'il a été épargné parce qu'il avait vu le seul reflet de Mégère, au contraire de son père et des autres victimes. Le professeur admet l'hypothèse que Mégère a pris forme humaine dans la contrée de Vandorf. Il devine l'amour que Paul porte à Carla.
Les deux hommes se trouvent dans le bureau de Kanof, le chef de la police locale. Meister fait pression sur l'inspecteur afin de pouvoir examiner les dossiers et photographies de toutes les femmes immigrées à Vandorf depuis dix ans. Le dossier de Carla indique qu'elle est arrivée depuis sept ans, et Kanof révèle que les meurtres inexpliqués ont commencé il y a cinq ans. (Il faut noter que dans cette scène, Meister/Christopher Lee ironise au sujet du soi-disant état démocratique dans lequel se déroule le film, et de ses citoyens tout aussi peu démocrates).
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Namaroff refuse de parler au téléphone avec Meister, et reproche à Carla de s'être promenée seule, la nuit. Il le sait par Ratoff que le docteur a chargé de surveiller la jeune femme. Il veut "la protéger", mais comme il refuse de lui en dire la raison, elle lui fait part sans ménagement de son exaspération, et donne par téléphone rendez-vous à Paul le lendemain matin au château Borski.
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Les deux jeunes gens sont réunis dans la grande salle du château. Carla apprend à Paul qu'il est inhabité depuis cinquante ans, "excepté par elle, Mégère". Elle accepte enfin de partir avec lui, et ils s'embrassent fougueusement. Malheureusement, elle veut s'enfuir tout de suite mais Paul lui apprend que c'est impossible pour lui : il veut d'abord trouver Mégère avec l'aide du professeur Meister. Elle le quitte subitement après lui avoir dit qu'ils ne se reverraient peut-être plus. Au dehors, Meister empêche Ratoff de tuer Paul avec un couteau.
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Meister s'introduit la nuit dans l'hôpital, et parvient à s'emparer du dossier de Carla, sans attirer l'attention de Namaroff. Pendant ce temps, la jeune femme est sortie de l'établissement. Le dossier apprend à Meister et Paul que Carla souffre d'amnésie depuis cinq ans, mais qu'elle en serait guérie. Le professeur fait le rapprochement entre les dates des premiers crimes et les crises d'amnésie de Carla. Il ajoute que Namaroff la protège parce qu'il en est amoureux. Il conclut que Mégère s'empare de l'esprit de Carla pendant ses crises d'amnésie, les nuits de pleine lune. Paul s'insurge, arguant de la grande beauté de Carla. Ils entendent alors un appel au secours de la jeune femme, en train de se faire enlever par Ratoff, mais il parviennent à la libérer.
Meister a laissé seuls Paul et Carla. Le jeune homme lui dit son intention de partir avec elle dès maintenant, mais Carla lui rétorque que c'est trop tard. Namaroff est venu cherché Carla, accompagné de la police. Paul leur annonce qu'elle n'est pas là. Kanof ordonne alors la perquisition de la maison. En lui montrant le couteau de Ratoff, Meister accuse Namaroff de vouloir assassiner Paul, pour les raisons que le jeune homme lui enlèverait Carla, et qu'il découvrirait le secret partagé avec son homme de main. La police n'a pas trouvé Carla dans la maison. Namaroff se résigne à quitter les lieux.
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Paul apprend à Meister que selon lui, Carla va prendre le train pour Leipzig où elle logera dans un hôtel. Il la rejoindra dès qu'ils auront trouvé Mégère. Meister se montre sceptique et lui suggère d'appeler Carla à son arrivée à l'hôtel.
Pendant ce temps, Ratoff apprend à Namaroff que la police a arrêté les recherches à cause de la pleine lune, période "où Mégère frappe". Namaroff se montre désespéré et au bord des larmes. Pendant ce temps, Paul apprend par téléphone que Carla n'est pas arrivée à Leipzig. "Ils ont dû l'attraper". Mais Meister a une autre théorie et empêche le jeune homme de partir à la recherche de Carla.
Mais Paul s'enfuit profitant du sommeil de Meister, qui est réveillé par l'arrivée de Kanof, venu arrêté Paul pour le motif d'enlèvement de Carla. Le professeur découvre son absence, et en fait part au policier qui demande alors de l'accompagner au poste de police. Meister s'enfuit par la fenêtre.
Paul est allé au château Borski. Il appelle Carla, mais c'est Namaroff, muni d'un sabre, qui lui fait face. Le jeune homme s'empare d'un grand chandelier et commence alors un combat sans merci entre les deux hommes. (Il me semble que l'on peut distinguer assez facilement sur les plans larges, que Peter Cushing a une doublure). Entre-temps, Meister se dirige vers le château. Namaroff est venu à bout de Paul, mais la gorgone a fait son apparition. Il tente de se prémunir de son regard meurtrier, mais finit par s'effondrer, terrassé. Paul s'est relevé, mais ne tarde pas à succomber à son tour au terrible regard de la gorgone. Meister s'est emparé du sabre, et s'est avancé derrière la créature monstrueuse. D'un coup net et précis, il lui tranche la gorge. La tête surmontée de serpents roule dans l'escalier en hurlant. Paul se traîne péniblement jusqu'à elle. Les serpents disparaîssent, et le joli visage de Carla succède à celui de Mégère. Paul, dont le corps tout entier s'est pétrifié, a juste le temps de prononcer le nom de l'être aimé : "Carla"...Meister lui dit alors : « elle est libre Paul, elle est libre maintenant ». Paul meurt dans un sanglot. Dernier gros plan sur le visage décapité de Carla.
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C'est peut-être le film Hammer pour lequel se sont manisfestés le plus de regrets. Ceux de John Gilling d'abord, responsable du scénario, qui a accusé Anthony Hinds de l'avoir quelque peu saboté en y apportant des modifications : « malgré les protestations de Bill Graf de la Columbia, il a réécrit la séquence d'ouverture, a modifié la plupart des dialogues, et plus généralement, je le suspecte d'avoir tué ce qui aurait pu être une bonne histoire. » Et encore, les changements que voulaient apporter au scénario Anthony Hinds étaient encore plus importants, puisque, par exemple, il désirait que la scène entre Sasha et Bruno soit purement et simplement supprimée.
Un autre regret est celui exprimé par Barbara Shelley : « Ils parlaient d'utiliser des serpents mécaniques, alors j'ai dit à ce cher Tony Nelson Keys : je n'ai pas du tout peur des serpents. Si vous utilisez des serpents, vous aurez le plus grand film d'horreur de tous les temps. Des tas de gens ont des phobies à propos des serpents, pas moi. Trouvez un charmeur de serpents ou quelque chose comme çà. Faites en sorte que les serpents puissent être posés sur ma tête et qu'ils n'en bougent pas. Pourtant, Tony ne voyait pas les choses ainsi, et à cause du planning de tournage, il considérait qu'il était impossible de me laisser perdre tout ce temps en maquillage. Donc, la gorgone a été jouée par Prudence Hyman. Quelques semaines plus tard sur le tournage de Secret On Blood Island, Tony Nelson Keys est venu me voir et m'a dit : « tu sais, à propos de la gorgone, et bien tu avais raison ! »
Il faut ajouter que c'est Anthony Nelson-Keys qui avait décidé que la gorgone serait interprétée par deux actrices ; il craignait que la révélation de l'identité de la gorgone arriverait trop tôt dans le film si Barbara Shelley avait joué seule le rôle de Carla/la gorgone.
Et pour couronner le tout, une rumeur circule depuis les années 60, favorisée par la rareté des projections du film, (il ne fut programmé qu'en une occasion, à Paris) : la tête de la gorgone rebondirait comme un ballon de football, ce qui est faux... Mais effectivement, les "effets spéciaux" du film, et notamment la décapitation, sont ratés.
Voilà pour tout ce qu'on peut regretter... mais pour le reste ! Nous sommes en présence d'un grand film de Terence Fisher qui mettait beaucoup d'espoirs dans ce film comme l'indique l'extrait de l'entretien qu'il avait accordé à Midi Minuit Fantastique, numéro 10 : « c'est un film beaucoup plus tourné vers la poésie du fantastique que l'horreur ; je suis également assez content de mes personnages dans la gorgone. Ils sont beaucoup plus complexes que d'habitude et de plus il y a un mystère à élucider. C'est un aspect assez rare dans les films fantastiques où très souvent seul le spectacle compte, au détriment des motivations psychologiques. D'ailleurs, le scénario est de John Gilling, j'ai rarement eu un aussi bon script. Mes acteurs sont Peter Cushing, Chris Lee et Barbara Shelley, je crois qu'il y a de quoi faire avec pareille équipe. » Un peu plus tôt dans l'entretien avec Michel Caen, il confiait qu'il avait beaucoup mieux réussi à rendre les ambiguïtés des personnages avec La Gorgone qu'avec Two Faces Of Dr Jekyll. Et il ajoutait que c'était son film préféré, "avec Dracula bien entendu". Il faut tenir compte qu'à cette époque, Terence Fisher venait juste de terminer La Gorgone ; comme souvent dans ce cas là, les artistes ont tendance à se focaliser sur leur dernière oeuvre ; on ne peut qu'admirer malgré cela la lucidité critique du metteur en scène se penchant sur ses films. Car en effet, les personnages de La Gorgone ont une consistance bien au-dessus de la moyenne de ceux des films de genre, et La Gorgone est une oeuvre emprunte d'une grande poésie, comme la plupart des films de Terence Fisher il est vrai.
Tout le long du film, Peter Cushing joue dans un registre un peu inhabituel, celui de l'amoureux exclusif et jaloux, allant même jusqu'au bord des larmes dans une scène. Il est vrai que l'objet de son amour est la très sophistiquée Barbara Shelley, et que l'actrice démontre toute sa classe et son charme dans le rôle de Carla. Ce n'est certainement pas par hasard si c'est Terence Fisher qui a donné à Barbara Shelley ses meilleurs rôles, dans ce film et dans Dracula, Prince Des Ténèbres. Christopher Lee campe un personnage de professeur moustachu très attachant, et pour lui aussi, cela sortait de l'habituelle galerie de monstres qu'il interprétait à cette époque. L'autre protagoniste de cette triste histoire est Richard Pasco qui ne tarde pas à tomber lui aussi sous le charme de Carla, ce qui le conduira à sa perte. Il se dégage de son personnage une extraordinaire mélancolie, comme si Paul savait comment tout cela allair finir. On l'a vu aussi dans Raspoutine dans un rôle tout aussi tragique et désespéré.
Comme d'habitude avec Terence Fisher, les seconds rôles sont tous bien interprétés, du très antipathique Ratoff/Jack Watson, au chef de police à casque à pointe que joue Patrick Troughton, deux acteurs habitués de "l'horror". Pour l'anecdote, l'infortunée Sasha est interprétée par Toni Gilpin que l'on reverra brièvement dans The Mummy's Shroud" : c'est la maman assassinée du petit pharaon au début du film.
James Bernard a composé pour La Gorgone une musique originale et pleine de sensibilité en ayant recours à un synthétiseur, une idée de Marcus Dods, qui a dirigé la musique. James Bernard : « J'ai utilisé la voix soprano de Patricia Clarke, et ai joué du clavier, un Novachord, à l'unisson avec elle. C'était un effet merveilleux. » Le musicien comptait La Gorgone parmi ses plus belles réussites, aux côtés de La Déesse De Feu, Les Vierges De Satan, et The Damned.
Le film est une d'une grande beauté plastique, notamment grâce à la remarquable photographie de Michael Reed, pas loin du niveau d'un Jack Asher. Il a également travaillé sur des films comme Raspoutine et Dracula, Prince Des Ténèbres. Mais il faut aussi louer une fois de plus Bernard Robinson qui réussit des merveilles avec deux fois rien. La grande salle du château Borski envahie par les feuilles mortes est magnifique, même si bien sûr, on reconnaît çà et là des éléments de décors de productions précédentes. Mais le talent de Bernard Robinson éclate dans les détails : par exemple, dans la scène du cimetière, il a incorporé des colonnes de style grec, qui rappellent évidemment l'origine de la malédiction. Du beau travail.
On reconnaît au passage des "matte paintings". Ceux du château Borski, qui était aussi celui du baron dans Evil Of Frankensein, et du moulin/atelier de Bruno visible également dans le film de Freddie Francis, tourné juste avant.
Il est amusant de constater comme le fait Marcus Hearn, le contraste entre les intentions des auteurs de La Gorgone, faire un film sombre et poétique, et son marketing américain, qui proposait aux spectateurs à l'entrée des salles un masque afin qu'ils se protègent du regard de la gorgone !
On peut voir dans La Gorgone le dernier grand film gothique tourné par la Hammer. Il y aura d'autres très grandes réussites peut-être plus abouties, mais le style si typique d'oeuvres comme Les Maîtresses De Dracula ou Le Baiser Du Vampire ne sera plus jamais répété. On peut ainsi parler de fin d'une première période pour la Hammer. La cause en est peut-être le départ progressif des techniciens à l'originine du studio comme Jack Asher. Mais on peut penser que l'abandon des studios de Bray par la Hammer, après le tournage de The Mummy's Shroud en Novembre 1966, fut la véritable fin d'une époque comme en témoigne Michael Carreras : «Je me retourne avec une énorme nostalgie sur ce que j'appelle notre période Bray. Il y avait à cette époque une grande atmosphère qui n'a jamais été recréée ».
Ce film a été édité dans le digipak "Icons Of Hammer" en DVD NTSC Zone 1, qui inclus également trois autres titres de la Hammer, qui furent distribués à l'époque par la Columbia. Seules les pistes originales anglaises (DD 2.0), sont incluses dans ce coffret. Aucun doublage, ni sous titres en français ne sont inclus malheureusement. Une très mauvaise surprise de Sony, qui nous avait pourtant offert ces pistes françaises, dans leur coffret "Icons Of Adventure", également de la Hammer. Le ratio de l'image est en 1.66:1 (16/9). Ce film existe aussi en DVD PAL Zone 2 (Allemagne) et (Italie), sans aucun français pour les deux éditions.
Bande-annonce du film.
Texte rédigé par Daniel Rapina.
Mise en page et photos par Daniel Frenette alias Dracula.
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2009 The Hammer Collection.Net et The Hammer Collection de Daniel
Frenette.
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