présente

The Ghost Of Frankenstein
Le Spectre De Frankenstein

CRITIQUE DVD




Collection « Les grands classiques de la Universal – films fantastiques »
LE SPECTRE DE FRANKENSTEIN
[THE GHOST OF FRANKENSTEIN]
(U.S.A. 1942) d’Erle C. Kenton

1 DVD 9 (Zone 2) PAL édité par Bach Films, 08 octobre 2007. Durée du film 67’10’’ ou 1H 07 minutes 10 secondes - Format 1.37 N.&B. - Son Dolby Mono v.o.s.t.f. - suppléments

Résumé du scénario

Igor a survécu au film précédent (*) et les villageois décident d’en finir avec lui en attaquant les ruines du château à l’explosif. Un éboulement souterrain permet à Igor de découvrir la Créature prisonnière du soufre séché : elle est encore vivante mais mal en point. Ils fuient tous deux : Igor décide de fuir vers la région où vit le psychologue Ludwig von Frankenstein, frère de Wolf et fils d’Henrich. Il constate que la foudre régénère la puissance de la Créature : elle est sa « mère ». Il lui manque désormais un « père » qu’Igor ne peut remplacer. Leur arrivée réveille de sombres souvenirs et provoque immédiatement des catastrophes. La fille et le futur beau-fils (un procureur !) du baron Ludwig ignorent l’histoire tourmentée de sa famille dont il a récupéré les archives scientifiques. Igor pourchassé par la police menace Ludwig de tout leur révéler s’il ne guérit pas la créature. Il exige bientôt que son propre cerveau, intelligent mais pervers et dominateur, soit transplanté dans le corps puissant du monstre afin de donner naissance à un surhomme. Ludwig von Frankenstein refuse mais l’idée intéresse son assistant, le Dr. Boehmer…qui fut le professeur de Frankenstein ! (*) Le Fils De Frankenstein (1939) de Rowland V. Lee

FICHE TECHNIQUE SUCCINCTE :
Réalisation : Erle C. Kenton
Production : George Waggner (Universal Picture)
Scénario : W. Scott Darling d’après une histoire d’Eric Taylor
Directeur de la photo : Milton Krasner (A.S.C.) et Woody Bredell (A.S.C.)
Montage : Ted Kent
Musique : Hans J. Salter
Décors : Jack Otterson, Harold H. MacArthur et Russel A. Gausman
Maquillage : Jack P. Pierce.

CASTING SUCCINCT: Avec Lon CHANEY Jr., Bela LUGOSI, Lionel ATWILL, Cedric HARDWICKE, Evelyn ANKERS, Ralph BELLAMY, etc.

1) IMAGE Format original 1.37 respecté en 4/3 N.&B. photographié par deux directeurs de la photo : l’un devenu célèbre (Milton Krasner) et l’autre peu connu (Woody Bredell). La copie chimique est encore mieux nettoyée que celle présentée dans le coffret « Frankenstein : The Legacy Collection » testé en novembre 2004. La définition, la gestion des noirs et des contrastes sont bonnes sur l’ensemble, sauf les premiers plans du film qui sont un peu flous parce que les responsables du télécinéma original n’ont sans doute pas été assez attentifs. Le transfert vidéo du NTSC au PAL est temporellement raté : les mouvements un peu trop rapides (déplacement d’un objet par un acteur, entrée d’un acteur dans le champ, déplacement d’un acteur d’un bord à l’autre du cadre) sont légèrement décomposés, produisant un discret effet de saccade. Pas assez pour rendre la vision franchement pénible, mais suffisamment tout de même pour qu’on s’en aperçoive à chaque fois que cela se produit. C’est pourquoi la durée vidéo PAL du film (67 min. 10 sec.) est un peu plus longue que celle du même film présenté dans le coffret PAL antérieur (64 min. 35sec.) bien que le contenu soit strictement identique !
Note :4/10.

2) SON Son mono d’origine en VOSTF admirablement restauré. La remastérisation Dolby met brusquement en valeur certains effets sonores comme les coups de tonnerre mais cela ne nuit pas à l’équilibrage d’ensemble. Les STF disposent d’une bonne traduction française et sont d’une taille lisible sans être envahissant. Aucune VF d’époque… ni même de VF refaite, comme c’était le cas dans le coffret Universal de 2004. On ne se plaint pas de l’absence de cette dernière, mais l’absence de la première pose deux questions : a-t-elle existé et, si oui, qu’est-elle devenue ? Nous pouvons répondre, grâce à Jean-Claude Michel, "non" à la première question, et cesser de poser la seconde. Et faire remonter la note de cette section ! "
Note : 10/10.

3) INTERACTIVITE Menu 4/3 comprenant un chapitrage beaucoup moins précis et découpé que celui du coffret Universal de 2004 puisqu’il ne comprend que les 6 sections habituelles de Bach Films, et deux suppléments. D’abord une bande-annonce du Spectre De Frankenstein, provenant du distributeur anglais : elle est en meilleur état que celle qu’on voyait dans le coffret « Frankenstein : The Legacy Collection ». Ce document est aussi rare que le film de référence, aussi passionnant que ce dernier ! Durée 1’53’’ en format 1.37 N.&B (4/3) en VO sans STF. Puis un documentaire (4/3 N.&B. et couleurs, durée 28 min. approx., VF) de Laurent Préyale sur le cinéma fantastique déjà vu sur quelques autres DVD Bach films que nous avons déjà testés et au sujet duquel nous n’avons évidemment rien de plus à ajouter : il est sympathique, très généraliste et synthétique mais n’apporte aucune précision concrète concernant ce film-ci de 1942. Notons que Bach Films restitue, aussi bien sur la jaquette que sur les menus et dans les STF, au Spectre De Frankenstein son titre français historique d’exploitation : nous l’en félicitons !
Note : 4/10

4) CRITIQUE Le Spectre De Frankenstein est le quatrième film de la série Universal, donc la suite directe de Le Fils De Frankenstein. C’est une variation très riche qui était quasiment invisible en France dans des conditions décentes jusqu’à sa première réédition DVD en novembre 2004 par Universal dans le coffret « Frankenstein : The Legacy Collection ». Elle marque la première entrée du génial réalisateur Erle C. Kenton dans le cycle. Kenton avait déjà réalisé 10 ans plus tôt un grand classique de l’âge d’or du cinéma fantastique américain de 1931-1939, le génial Island Of Lost Souls [L’Île Du Docteur Moreau] avec Charles Laughton, adapté de la nouvelle d’Herbert G. Wells et inégalé à ce jour par les remake de Don Taylor et John Frankenheimer. Son propos est ici moins original puisqu’il s’inscrit dans le cadre d’une série que le spectateur connaît très bien mais il réussit à renouveler totalement l’esprit de celle-ci.

La modification la plus immédiate par rapport à la trilogie karloffienne des trois premiers Frankenstein est celle du rythme : il est nettement accéléré au montage, ce qui est une conséquence logique du soin accordé au rebondissement d’une intrigue dont chaque minute augmente les degrés de folie et de terreur. Et il est bien difficile de ne pas tomber sous le charme sourd de cet alliage onirique de fantastique terrifiant et d’humour noir incisif ! Le fait que l’action soit transposée dans des pays d’Europe germanophone en pleine Seconde guerre mondiale permet par ailleurs certaines allusions politiques explicites : les foules sont de plus en plus ignobles et violentes, de plus en plus imprévisibles et seules quelques individualités d’élite maintiennent un monde cultivé au dehors duquel règne la terreur, le mal, la folie. Le problème est que ce mal, cette démence, cette folie n’ont qu’une idée : pénétrer chez eux ! Et ils viennent d’assez loin ! Est-ce Kenton ou son producteur George Waggner - qui venait de produire et de réaliser pour le compte d’Universal Le Loup-Garou avec une équipe technique assez proche et les mêmes acteurs Bela Lugosi, Evelyn Ankers et Lon Chaney Jr. - qui eurent l’idée de ces modifications novatrices ? En tout cas c’est Kenton qui matérialise tout cela et il est aidé par une belle photo co-signée par Milton Krasner dans sa période N.&B., par la musique vive et agressive de Hans J. Salter dont cette époque est l’âge d’or, par une partie de l’équipe de direction artistique et le décorateur Russel A. Gausman du film précédent, Le Fils De Frankenstein. Le maquilleur Jack P. Pierce (auquel le générique ajoute un « p » parfois oublié lorsqu’on le cite, pour plus de commodité) a considérablement modifié le physique de sa créature, et elle est évidemment, dans l’absolu, nettement moins réussie que ses créatures antérieures jouées par Karloff.

La direction d’acteurs est sobre mais maintient constamment une certaine fébrilité, une vivacité de tous. Evelyn Ankers apporte un certain renouveau : elle est à la mode des années 40 et non plus 30 comme les précédentes actrices de la série. Ses robes parfois étonnantes, sa coiffure, son port et son comportement général renouvellent agréablement la donne et son jeu est moins théâtral, plus nuancé et fin que celui d’une Joséphine Hutchinson. Bela Lugosi reprend le rôle d’Igor : il est plus bavard, moins mystérieux, plus enfantin mais plus vif, plus mobile et tout aussi redoutable (car devenu mégalomaniaque) que dans le film précédent de Rowland V. Lee : Lugosi compose ici un Igor démoniaque au sens authentiquement faustien du terme. Lon Chaney Jr. (nommé Lon Chaney tout court par le générique pour faire croire qu’il s’agissait de son père décédé depuis longtemps : pratique mensongère encore en vigueur l’année suivante au générique de Le Fils De Dracula) remplace Boris Karloff derrière le maquillage de Jack Pierce. Sa créature est moins adulte et nettement plus enfantine – elle voudrait d’ailleurs se faire greffer un cerveau d’enfant et non pas d’adulte - mais quelque part aussi plus « brut » et primitive, incarnation d’une pulsion vitale désordonnée refusant de se soumettre finalement au bien comme au mal. Elle parle encore moins que dans le film précédent mais incarne une vie mi-enfantine et onirique, mi-cauchemardesque amplifiée par son aspect de jouet animé mais souffrant fondamentalement et avide d’amour humain. Jusqu’à la terrible issue de l’opération finale qui renverse tout. Les acteurs Colin Clive (1931 et 1935) et Basil Rathbone (1939) sont remplacés par Cedric Hardwicke dans le rôle de Frankenstein qui est ici Ludwig von Frankenstein, le frère de Wolf Frankenstein (1939) donc le second fils du baron-médecin initial ! Il s’en tire très honorablement d’autant qu’il joue le contraire d’un démiurge prométhéen et renouvelle totalement la tradition familiale. Mais pour cette même raison, il est coiffé au poteau par l’admirable Lionel Atwill qui campe le Dr. Boehmer, un médecin rival dévoré par la jalousie et l’orgueil, désireux de tenter l’expérience suprême et dont le scénario nous apprend qu’il fut le véritable professeur du premier Frankenstein, donc le véritable père de la créature ! Atwill et Hardwicke sont donc un peu les deux faces du personnage, comme dédoublées et instaurant un étrange rapport dialectique et novateur concernant un symbolisme psychanalytique du rapport père-fils qui est absolument au cœur de l’intrigue : son suspense repose en profondeur sur la quête du père, son acceptation, sa reconnaissance, la négation ou la dénégation d’un rapport filial par chacun des personnages principaux, y compris la propre fille de Frankenstein. Thématique éminemment freudienne encore soulignée par le beau dialogue halluciné entre Ludwig et… le fantôme de son propre père, dialogue qui décide d’une étape décisive du sort de la créature.

Les décors sont modernisés par rapport à la trilogie karloffienne initiale et l’appareillage électrique est nettement passé du XIXe au XXe siècle tandis que le laboratoire est moins gothique ou expressionniste, moins fantastique pour tout dire et davantage proche de la science-fiction. L’esprit de l’ensemble est inspiré par l’esprit des bandes de l’époque et inspirera à son tour de nombreuses bandes-dessinées par son style elliptique de montage, sa manière abrupte, simple et nerveuse de raconter sobrement une intrigue totalement folle. Encore dans les années 1950, 1960 et 1970, bien des cinéastes tant européens qu’américains ou asiatiques s’inspireront du style d’Erle C. Kenton à commencer par Jess Franco qui nous avait confié oralement (pendant qu’il effectuait à Paris le montage de Les Prédateurs De La Nuit) son admiration pour les films fantastiques de Kenton. Les dialogues sont très bien écrits, parfois poétiques. L’idée de la transplantation des cerveaux sera reprise et très approfondie par la Hammer Film dans le génial Frankenstein Must Be Destroyed [Le Retour De Frankenstein] de Terence Fisher. On peut voir dans Le Spectre De Frankenstein la première décadence de la Universal comme la première naissance authentique d’un style nouveau, selon le point de vue auquel on se place : c’est dire la richesse du film. Kenton s’inscrit encore, en 1942, dans la stricte lignée scénaristique de la trilogie originale et n’introduit pas encore de démentes rencontres entre monstres appartenant à des cycles différents. C’est à Roy William Neill que revient ce privilège avec son intéressant Frankenstein Rencontre Le loup-Garou. Erle C. Kenton augmentera la variété de telles « rencontres » et accentuera encore la frénésie de leur style dans ses deux grandes réalisations postérieures : La Maison De Frankenstein et La Maison De Dracula.
Note : 10/10




















Test, critique et captures d'écran du DVD par Francis Moury en date du 25 octobre 2007.

Mise en page par Daniel Frenette alias Dracula.


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