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The Curse Of The Werewolf
La Nuit Du Loup-Garou

Grande-Bretagne. 1960 (distribué en 1961). 91 minutes. Eastmancolor. Film d'horreur réalisé par Terence Fisher. Scénario de John Elder, d'après le roman : The Werewolf Of Paris, de Guy Endore. Musique : Benjamin Frankel. Photographie : Arthur Grant. Décors : Bernard Robinson, Thomas Goswell. Directeur de production : Clifford Parkes. Montage : James Needs, Alfred Cox. Assistant metteur en scène : John Peverall. Opérateur : Len Harris. Directeur artistique : Don Migaye. Ingénieur du son : Jock May. Montage sonore : Alban Steeter. Maquillage : Roy Ashton. Coiffures : Prieda Steiger. Costumes : Molly Arbuthnot. Effets spéciaux : Les Bowie. Producteur : Anthony Hinds. Producteur associé : Anthony Nelson Kays. Production : Hammer Films. Distribution : Universal International.

Principaux interprètes : Clifford Evans (Don Alfredo Carido), Oliver Reed (Léon), Yvonne Romain (La servante), Catherine Feller (Christina Fernando), Anthony Dawson (Le marquis Siniestro), Josephine Llewelyn (La marquise), Richard Wordsworth (Le mendiant), Hira Talfrey (Teresa), John Gabriel (Le curé), Warren Mitchell (Pépé Valiente), Anne Blake (Rosa Valiente), George Woodbridge (Dominique), Michael Ripper (Le vieux Soak), Ewen Solon (Don Fernando), Peter Sallis (Don Enrique), Martin Matthews (José), David Conville (Rico Gomez), Denis Shaw (Geôlier), Charles Lamb (Chef), Serafina Di Leo (Senora Zumara), Sheila Brennan (Vera), Joy Webster (Isabel), Renny Lister (Yvonne), Justin Walters (Léon enfant), John Bennett (Un policier), Desmond Llewelyn et Gordon Whiting (Deux laquais), Hamlyn Benson (L'aubergiste), Kitty Attwood (Une femme), Howard Lang (Le fermier en colère), Stephen Scott (Un autre fermier), Ray Browne (Un officier), Frank Sieman (Le jardinier), Max Butterfield (Un fermier), Michael Peake (Le fermier à la cantine), Rodney Burke, Alan Page, Richard Golding (Des clients), Michael Lewis (Un page), Loraine Caruana (La servante enfant).

Le film débute par un gros plan fixe des yeux du loup-garou pleurant, alors que le générique défile en lettres blanches, jusqu'à l'indication du lieu de l'action : l'Espagne. (À ce propos, Anthony Hinds expliquera le choix de ce pays ainsi : "les décors avaient été construits pour un projet abandonné ayant pour sujet l'inquisition espagnole, je devais les utiliser !)

Une voix off nous apprend alors que "il y a 200 ans, un vagabond vint mendier dans la petite ville de Santa Vera. Simple d'esprit, il distinguait quand même un jour de semaine d'un dimanche. Bien que la cloche sonnât et que les boutiques fussent fermées, il savait que ce jour n'était pas un dimanche". Le vagabond demande la charité dans une auberge où on lui apprend que la cloche sonne pour célébrer le mariage du marquis Siniestro, qui a mis à contribution la population pour financer les festivités. On lui fait donc comprendre d'aller mendier plutôt au château.




Il est introduit dans la salle du banquet en plein repas de noces. Le marquis, un homme cruel et dépravé, accepte de lui donner à manger et à boire, mais à condition qu'il danse. Il lui lance une cuisse de poulet, encourage l'assistance à aboyer, et c'est dans cette ambiance que le vagabond, remarquablement interprété par Richard Wordsworth, enivré et ridiculisé, exécute sa danse. Au moment où le couple prend congé de ses invités, le mendiant dit d'un air plein de sous-entendus : "bonne nuit marquis !" Rendu furieux par cette impertinence, Siniestro le fait jeter dans un cachot, où, une voix off nous apprend que "le temps passa et on l'oublia". Seuls, le geôlier et sa petite fille muette viennent lui apporter à manger. Enchaîné et traité comme un animal, le mendiant devient un être velu et repoussant, n'ayant plus rien d'humain.




Les années passent, et la petite fille est maintenant devenue une belle jeune femme, (la superbe Yvonne Romain) qui, devenue orpheline, continue à nourrir le prisonnier. Elle attire la concupiscence du marquis, qu'une vie de débauche a transformé en vieillard lubrique et solitaire, au visage corrompu par la maladie. Comme elle résiste à ses avances, il ordonne qu'elle soit jetée au cachot avec l'homme- chien, lequel la viole au cours d'une séquence toute en suggestion. (Terence Fisher confiait à ce sujet : "je ne pouvais évidemment pas montrer le viol d'Yvonne Romain par l'homme-chien. Cependant, étant donné l'importance de cette séquence - et pour cause - je ne voulais pas être trop elliptique. Il a fallu suggérer. Je crois m'en être tiré correctement. L'attitude de l'homme chien à l'égard de la servante ne laissait aucun doute. Pas plus que l'attitude de la servante "après").




Elle est conduite auprès du marquis, occupé à gratter ses horrible croûtes. Comme il tente une fois de plus d'abuser d'elle, la jeune femme le tue puis s'enfuit. Après avoir longuement erré dans la forêt, où "elle vécut comme un animal" selon la voix off, elle est sauvée de la noyade par Don Alfredo Carido, qui la recueille chez lui. (J'ai envie d'écrire "fin de la première partie", tant le film semble divisé en 3 parties distinctes. On l'a d'ailleurs reproché à Anthony Hinds, le scénariste : Curse Of The Werewolf apparaît comme la superposition de trois films mal reliés entre eux" : Jean-Marie Sabatier dans les classiques du cinéma fantastique).




Teresa, la gouvernante, apprend à Alfredo que la jeune femme est enceinte, et lui fait part de ses craintes que l'enfant naisse le jour de Noël : en effet, d 'après elle, les enfants non désirés, nés ce jour là, sont une offense à Dieu. Le 25 Décembre, un petit Léon vient au monde, ses premiers cris retentissent en même temps que le hurlement d'un loup. La maman décède peu après l'accouchement.




Le jour du baptême, l'orage gronde, et une image infernale apparaît à la surface de l'eau du bénitier : en réalité, ce n'est que le reflet d'une gargouille.




Pépé, le garde-chasse, est sommé par le maire d'abattre la bête qui décime les troupeaux. Une nuit de pleine lune, il blesse le fauve ; Carido retrouve la balle dans la jambe du jeune Léon qui lui explique que, toutes les nuits, il rêve qu'il est un loup buvant du sang.




Constatant que du poil a poussé sur la main de l'enfant, Carido, inquiet, se confie au curé. Pour l'ecclésiastique, Léon est un loup-garou, et ne pourra être guéri que par l'amour, d'abord, de ses parents adoptifs, puis, à l'âge adulte, par celui d'une femme. Teresa confie la balle à la femme de Pépé, lui faisant croire qu'elle l'a trouvée dans un tronc d'arbre. Ce dernier fait fondre un crucifix en argent et en fait une balle. Une nuit, Pépé tue un chien, croyant abattre le fauve. Le jeune Léon, tous crocs dehors et en transe, s'agrippe a des barreaux, que Don Carido a pris soin de poser à la fenêtre de sa chambre.




Les années passent, et l'affection dont est entouré l'enfant semble l'avoir guéri de son terrible mal. Devenu adulte, Léon quitte ses parents pour vivre sa vie. Il trouve un emploi chez un vigneron, Don Fernando, et fait la connaissance de José, un ouvrier agricole. Il rencontre aussi Christina, la fille de son patron, et les deux jeunes gens tombent éperdument amoureux l'un de l'autre. La jeune femme étant promise par son père à Rico Gomez, le fils d'un riche notable, les deux jeunes gens doivent cacher leur idylle.




Un samedi, jour de paye, José entraîne Léon dans un bouge. Malheureusement, c'est une nuit de pleine lune, et les symptômes de lycanthropie refont leur apparition. Alors qu'il prend l'air, Léon est accosté par une prostituée qui le conduit dans sa chambre. La bête prend alors le dessus, et elle tue la femme en l'étranglant. (La scène ne montre du loup-garou que sa main velue enserrant la gorge de sa victime). Puis, José, totalement ivre est assassiné de la même manière. Dans sa fuite nocturne, le monstre massacre Dominique, un berger, interprété par George Woodbridge.




Le matin, au domicile de Carido, Léon se réveille dans son lit, nu, les mains maculées du sang de ses victimes. Conscients du drame, Carido et le curé lui apprennent l'effroyable vérité, et qu'il doit être enchaîné, "comme un animal" conclut de lui-même Léon. Le prêtre lui suggère de se faire enfermer dans un monastère. Ne pouvant se résoudre à cette solution, Léon s'enfuit et retourne chez Don Fernando où l'attend la police qui le questionne sur ses activités de la veille.




Un soir de pleine lune, il reçoit la visite de Christina à qui il demande de s'éloigner. Elle refuse, et au contraire, veille sur Léon la nuit complète. Au matin, il constate que la présence de Christina le protège de la malédiction, puisque il ne s'est pas transformé en loup-garou.




Il en conclut que l'amour de Christina l'a sauvé, lui demande alors de l'épouser et de s'enfuir avec lui. La police, ayant retrouvé ses vêtements sur les lieux des crimes, vient l'arrêter. Il est jeté en prison, où il partage une cellule avec un vagabond, interprété par Michael Ripper.




Il soudoie le gardien pour que celui-ci prévienne son père. Entre-temps, Christina apprend que Léon est emprisonné, et, malgré les menaces de son père, court le rejoindre. Léon tente de convaincre Don Carido et le prêtre d'avertir le maire, afin d'avouer tous les crimes, et qu'il soit exécuté avant la nuit. Le maire, (joué par Peter Sallis, un des 3 "pères indignes" de Une Messe Pour Dracula), lui rend alors visite. Christina se jette dans les bras de Léon, annonce qu'ils vont se marier, et qu'elle le trouve parfaitement normal. À ces mots, le maire décide que Léon restera en prison, et sera jugé. Malheureusement, on sépare le couple d'amoureux. Alors, le jeune homme implore Don Carido d'utiliser la balle d'argent de Pépé pour en finir avec la malédiction.




Un soir, alors que la lumière de la pleine lune pénètre dans la cellule, Léon, de nouveau un monstre assoiffé de sang, égorge son compagnon de captivité, brise la porte, et tue le gardien. (Ce n'est qu'à ce moment du film, que Fisher nous montre Oliver Reed en loup-garou, et c'est dommage que cela vienne si tard, car le maquillage de Roy Ashton est une magnifique réussite). Une séquence alternée nous montre Don Carido aller chercher la balle d'argent, et Christina être confiée par le prêtre aux bons soins de la servante.




Léon est grimpé sur les toits de la ville. La population, munie de flambeaux, lui fait la chasse sous les yeux impuissants et désespérés de Christina. (Cette scène avec les villageois près au lynchage renvoie évidemment aux classiques Universal des années 30 / 40).




Le loup-garou se réfugie dans le clocher de l'église, un homme fait retentir les cloches. Don Carido monte les escaliers qui mènent au beffroi, il a chargé son fusil de la balle d'argent. Il tire sur le monstre qui s'effondre, tué net. Il recouvre le visage de Léon avec sa cape. (Le plan nous montre que, même après la mort, le loup-garou ne retrouve pas ses traits humains, bouleversant toute la tradition des films de lycanthropes). Le mal a triomphé. Générique final avec le casting qui défile sur un fond de ciel nocturne où brille la pleine lune.




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La Nuit Du Loup-Garou ne connut pas de suites, on peut donc considérer que sa carrière n'a pas satisfait les dirigeants de la Hammer. Comme noté plus haut, le peu de temps durant lequel apparaît le loup-garou explique peut-être la déception du public . Effectivement, le film n'est pas, à l'instar de Two Faces Of Dr Jekyll, un vrai film d'horreur, même dans le contexte de son époque. Qu'importe, le film dégage souvent une réelle poésie, ahhh... ces nuits de pleine lune ! Jean-Marie Sabatier écrivait judicieusement dans son ouvrage : "film pas toujours réussi, mais qu'un éblouissant condensé de tous les grands thèmes Fisheriens hisse au premier rang". La lutte du bien et du mal, fondement des meilleurs films de Terence Fisher est ici remarquablement exploitée.

Le scénario d'Anthony Hinds peut sembler beaucoup trop explicatif, (je m'en suis rendu compte en faisant cette description !), mais c'était quand même la génèse d'un loup-garou que le film avait l'ambition de conter, rien de moins ! Les qualités du label Hammer sont bien entendu présentes. Une bonne musique bien dans l'esprit maison, par un compositeur inhabituel : Benjamin Frankel. Les décors de Bernard Robinson sont réussis, et qu'ils soient pseudo espagnols ne me gênent en rien.

Arthur Grant, dont c'était le premier film en couleurs pour le studio, signe une belle photographie, notamment les séquences nocturnes qu'il réussit toujours particulièrement bien. Et encore, je ne peux juger que d'après une cassette vidéo, rappelons au passage que nous attendons toujours une sortie de ce film en DVD, par Universal, tout comme Les Maîtresses De Dracula et La Gorgone.

Oliver Reed entamait là une brillante carrière internationale, son physique lourd et menaçant faisant merveille dans ce rôle. Ce n'était pas son tout premier film pour la Hammer, il tenait en effet un petit rôle dans les 2 Visages Du Dr Jekyll, où il se faisait tabasser par Christopher Lee et Paul Massie. Clifford Evans en figure paternelle est excellent, comme il l'était dans Le Baiser Du Vampire. On trouve dans la distribution deux des plus savoureux seconds rôles habitués de la Hammer : George Woodbridge et l'omniprésent Michael Ripper, mais aussi Anthony Dawson, le marquis Siniestro, tout à fait à l'aise dans un rôle de salaud intégral. L'héroïne, Catherine Feller n'a pas les qualités plastiques de la sculpturale Yvonne Romain qui trouve là, grâce à Terence Fisher, très doué pour magnifier ses actrices, son plus beau rôle.

Interviewé par "Midi-Minuit fantastique" en 1963, Terence Fisher confiait à Bertrand Tavernier au sujet de Curse Of The Werewolf : "je suis assez partagé sur ce film. Si on le considère au niveau de certaines scènes, il est assez réussi. Il y a deux ou trois séquences qui comptent parmi les meilleures, je crois, que j'ai jamais tournées, mais l'ensemble me laisse insatisfait. J'ai dû consentir à des concessions qui diminuent la portée du film. De plus, les producteurs ont absolument voulu transplanter l'action en Espagne. Je me suis battu contre cette idée stupide, mais ils n'ont rien voulu entendre et cela rend le film souvent invraisemblable et douteux quant au décor. J'aime assez Oliver Reed, bien que son jeu soit parfois trop apprêté."

Note de Daniel Frenette : Je veux ajouter ici cette anecdote qui m'a fait bien rire concernant ce film. En effet il faut savoir qu'ici au Québec, la religion catholique avait encore à cette époque beaucoup de pouvoir sur la population et sur ce qui pouvait être vu au cinéma, selon les valeurs morales de l'Église. Ainsi c'est à '' L'Office Des Communications Sociales '' que revenait le mandat de donner cette appréciation morale aux films qui passaient sur nos écrans. Voici ce qu'on disait de ce film : « Cette nouvelle mouture de la vieille légende du loup-garou est un mélange abracadabrant de bêtise et de mauvais goût. La mise en scène est quelconque ; la couleur, tirant sur le rouge, est désagréable, et les interprètes jouent de façon quelconque. Appréciation morale : L'invraisemblance du sujet ne saurait excuser cette exploitation malsaine d'effets sadiques et suggestifs. De plus un prêtre, mêlé à l'histoire, donne son appréciation à des croyances superstitieuses. À déconseiller ».

Je peux me tromper mais j'ai comme l'impression que c'est un membre du clergé qui a fait cette évaluation, et que c'est beaucoup plus la présence, dans l'histoire, d'un prêtre donnant son appréciation à des croyances superstitieuses, que l'exploitation malsaine d'effets sadiques et suggestifs (je reprend ses mots), qui l'a mis en colère cette journée là. Enfin cela reste mon interprétation personnelle. Autres temps, autres moeurs.

Ce film est disponible en DVD Zone 1 avec pistes anglaise (DD 2.0 mono), sous-titré en français et en espagnol, dans un digipack incluant huit films de la Hammer : The Hammer Horror Series (28333). Il va s'en dire que pour tous les connaisseurs de la Hammer, ce digipack se révèle être un vrai petit bijou. Vous pouvez consulter les critiques des films de ce digipack dans la section du même nom.




Il y a déjà eu par le passé une édition de ce film en Laserdisc NTSC, édité par la MCA / Universal Home Video (40543). La vidéocassette semble pour sa part à ce jour "out of print", et ne se trouvait qu'en anglais seulement.




Texte rédigé par Daniel Rapina.

Photos de Michel Boëgler.

Mise en page par Daniel Frenette alias Dracula.


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