
présente
Tarantula
CRITIQUE DVD
Collection
« Les grands classiques de la Universal – films fantastiques »
TARANTULA
(U.S.A. 1955) de Jack Arnold
1 DVD 9 (Zone 2) PAL édité par Bach Films (Paris mai 2007) Durée vidéo du film : 76’40’’ ou 1H 16min 40sec.- Format 1.33 N.&B. 4/3 – Son : D.D. 2.0 Mono v.o.s.t.f. - supplément
Résumé du scénario
Arizona, U.S.A. 1954 : un collaborateur du professeur Deemer est retrouvé mort des suites d’une acromégalie foudroyante. Or Deemer vient de synthétiser un aliment radioactif révolutionnaire qui accélère la croissance et la force. Il l’expérimente aussi sur des animaux, parmi lesquels une tarentule. Déjà monstrueuse, elle s’échappe du laboratoire et devient bientôt une gigantesque menace...
FICHE
TECHNIQUE SUCCINCTE :
Réalisation : Jack Arnold
Production : William Alland
Distribution originale : Universal Pictures
Scénario : Robert M. Fresco & Martin Berkeley d’après une histoire de Jack Arnold
& Robert M. Fresco
Directeur de la photo :
George Robinson, A.S.C.
Montage : William M. Morgan
Musique : Joseph Gershenson
Décors : Russel A. Gausman
Effets spéciaux : Clifford Stine, A.S.C.
Maquillage :
Bud Westmore.
CASTING SUCCINCT: John AGAR (Dr. Matt Hastings, le jeune médecin), Leo G. CARROLL (le professeur Deemer, créateur de « Tarantula »), Mara CORDAY (son assistante Stephanie « Steve » Clayton), Nestor PAIVA (le shérif), Ross ELLIOTT (Joe), Edwin RAND (Lieutenant Nolan), Clint EASTWOOD (pilote de l’avion de chasse), etc.
1) IMAGE
Format 1.33 N.&B. compatible 4/3. Copie chimique globalement en bon état.
Numérisation correcte même si un peu fourmillante sur d’assez
nombreux plans. Direction de la photographie signée George Robinson (A.S.C.),
l’un des plus robustes directeurs de la photographie de l’âge
d’or du cinéma fantastique américain de 1939 à 1945
et le seul technicien dont la carrière à la Universal
fut constamment placée sous le signe du fantastique de 1935 à
1955. Remarquables effets spéciaux de Clifford Stine (A.S.C.), aussi
impressionnants durant les scènes diurnes que nocturnes. Le montage de
William Morgan est en outre assez nerveux.
Note :7/10.
2) SON
Dolby Mono d’origine 2.0 v.o.s.t.f. mais… pas de v.f. d’époque
alors qu’elle existe ! La piste technique originale est en bon état
et bien sous-titrée. Musique supervisée par le bon Joseph Gershenson.
L’absence de VF nous interdit de mettre une note supérieure à
la moyenne.
Note : 5/10.
3) INTERACTIVITE
Menu principal esthétiquement simple et fonctionnel. Outre un chapitrage en
4 sections, on trouve, en guise d’unique supplément, une intéresssante présentation
de Jean-François Rauger, le programmateur de la Cinémathèque Française,
consacrée à la carrière de Jack Arnold et à la place de Tarantula
dans sa filmographie. On y trouve quelque remarques un peu trop entendues sur
le contexte historique de la science-fiction des années 1950 mais, heureusement,
une analyse esthétique plus excitante – qui ne s’applique d’ailleurs pas qu’à
Arnold – de l’essence potentiellement fantastique du procédé photographique
de la transparence, et de la division-superposition de l’espace, et on y trouve
aussi une excellente remarque (complémentaire de celle que nous formulons infra)
sur la séquence du documentaire animalier consacré aux tarentules. Rauger rappelle
d’ailleurs qu’Arnold fut assistant du grand documentariste Robert J. Flaherty.
Attention : le verso de la jaquette fourmille de bonnes informations mais un
titre de la filmographie est erroné : le beau film de S.F. Les
Survivants De l’Infini [This Island Earth]
(U.S.A. 1956) est de Joseph Newman et non pas d’Arnold.
Note : 5/10
4) CRITIQUE Tarantula (U.S.A. 1955) de Jack Arnold est un grand classique du cinéma de science-fiction : il est encore aujourd’hui impressionnant en raison de la sûreté implacable de sa progression dramatique et de la qualité de ses effets spéciaux. Arnold avait déjà filmé la poésie diurne et nocturne du désert dans It Came From Outer Space [Le Météore De La Nuit] (U.S.A. 1953) et c’est encore ce cadre dans lequel évolue Tarantula.
Secondé par une équipe technique de premier choix (le directeur photo George Robinson et le maquilleur Bud Westmore sont de vieux routiers du cinéma fantastique, Clifford Stine est un excellent technicien d’effets spéciaux, et Russel A. Gausman a conçu la décoration de plusieurs très beaux laboratoires pour des films fantastiques d’Universal, notamment ceux d’Erle C. Kenton) Jack Arnold illustre le thème majeur de la science-fiction mondiale des années 1955 : la mutation atomique. Aucune originalité sur le fond : l’atome a déjà montré de quoi il était capable l’année précédente dans Them [Des Monstres Attaquent La Ville] (U.S.A. 1954) de Gordon Douglas ou Godzilla [Gojira] (Jap. 1954) d’Inoshiro Honda. Mais la forme permet à Arnold de délivrer une histoire très angoissante, qui se déroule du début à la fin dans un climat de terreur cosmique : les dimensions modifiées, les portes du cauchemar s’ouvrent et tout devient possible. La scène nocturne des chevaux est très étonnante pour cette raison et le maquillage de Leo G. Carroll demeure aussi très inquiétant. Et le scénario dont Arnold est en partie à l’origine ménage la possibilité de passage du microcinéma au macrocinéma, et ce passage lui-même provoque la terreur : le petit film pédagogique super-8mm ou 16mm consacré aux arachnides et à la tarentule est visionné par deux hommes que le spectateur sait être dorénavant en danger alors qu’ils l’ignorent encore. Un des ressorts hitchcockiens habituels du suspense est donc appliqué. La première partie du film a eu en outre l’habileté de ne révéler l’araignée - une fois évadée et devenue gigantesque : on la voit alors qu’elle est déjà monstreuse mais pas encore gigantesque - que fragmentairement ou par ses simples effets. Lorsqu’elle est enfin révélée, les surprise dimensionnelles ne sont pas épuisées : Arnold, Robinson et Stines savent grader les effets physiques et biologiques. La progression dramatique est celle du recouvrement progressif du paysage réel : la destruction de la maison du savant comme la destruction finale de Tarantula y participent. Cette dernière en est picturalement l’aboutissement qui engendre paradoxalement une panique totale : le ciel et l’horizon semblent brûler tant l’araignée est devenue énorme. Interprétation de série B, à l’exception du grand acteur Leo G. Carroll et du couple Mara Corday et John Agar, convaincants.
Au tournant
des années 1970, Tarantula était devenu pratiquement
invisible en salles de cinéma à Paris, sauf à la Cinémathèque française.
Les éditions françaises Publicness des revues d’origine américaine
Creepy le premier magasine illustré d’épouvante,
Eery le premier magazine de l’étrange et Vampirella
proposaient à leur lecteurs d’en acheter un extrait d’environ 15 minutes distribué
par la firme Castle Films en 8mm muet ou sonore (en version
anglaise, dans ce cas), super-8mm muet ou sonore et même 16mm sonore. Cet extrait
constituait d’ailleurs le « N°1 » de leur catalogue et son prix variait de 90
FF à 310 FF : somme d’argent élevée, à cette époque, mais que certains d’entre
nous ont pourtant bravement investi ! En somme, Tarantula
n’avait pas pris une ride : on voulait le voir et le revoir. Ce fut le chanteur
français cinéphile Eddy Mitchell qui le présenta pour la première fois à la
télévision française lors d’une « Dernière séance » mémorable,
si nos souvenirs sont bons, au tournant des années 1980. Ensuite l’avènement
de la VHS et la multiplication des télévisions rendirent le film à nouveau plus
accessible. Avouons ce soir, après vision de ce mignon DVD Bach Film,
que Tarantula vieillit encore très bien. Chaque
nouvelle génération de cinéphiles s’intéressant au cinéma fantastique et à sa
« succursale » (le terme est de Jacques Sternberg) nommée science-fiction, pourra
y prendre un plaisir renouvelé. Moins poétique et inspiré, dans la filmographie
d’Arnold, que L’Etrange Créature Du Lac Noir [Creature
From The Black Lagoon] (U.S.A. 1954) et que L’Homme
Qui Rétrécit [The Incredible Shrinking Man]
(U.S.A 1956), mais doté d’un budget supérieur à Revenge
Of The Creature (1955) ou à Le Monstre Des Abîmes
[Monster On The Campus] (1958), Tarantula
constitue (avec Le Météore De La Nuit) l’exemple
même du film B solide, à l’efficacité régulièrement inquiétante : une sorte
d’étalon, en somme.
Note : 8/10
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Test, critique et captures d'écran du DVD par Francis Moury en date du 2 juin 2007.
Mise en page par Daniel Frenette alias Dracula.
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