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Kiss Of The Vampire
Le Baiser Du Vampire

Grande-Bretagne. 1963. 88 minutes. Eastmancolor. Film d'horreur réalisé par Don Sharp. Scénario : John Elder (alias Anthony Hinds). Directeur de la photographie : Alan Hume. Musique : James Bernard. Montage : James Needs. Maquillage : Roy Ashton. Effets spéciaux : Les Bowie. Son : Ken Rawkins. Costumes : Molly Arbuthnot. Décors : Bernard Robinson. Assistant réalisateur : Douglas Hermes. Producteur : Anthony Hinds. Production Hammer Films. Distribution : Universal International.

Principaux interprètes : Clifford Evans (professeur Zimmer), Edward de Souza (Gerald Harcourt), Noel Willman (Dr Ravna), Jennifer Daniel (Marianne Harcourt), Barry Warren (Carl Ravna), Jacquie Wallis (Sabena Ravna), Isobel Black (Tania), Peter Madden (Bruno), Vera Cook (Anna), Noel Howlett (Père Xavier), Brian Oulton (1er disciple), John Harvey (Sergent de police), Stan Simmons (Le serviteur), Olga Dickie (Femme au cimetière), Elisabeth Valentine (2ème disciple).

Un cimetière sous un ciel gris. Nous assistons à un enterrement auquel participe un petit nombre d'hommes et de femmes, sous la conduite d'un prêtre. Une silhouette s'approche de la cérémonie : un homme, visiblement très ému, (Clifford Evans, vu aussi dans La Nuit Du Loup-Garou), s'empare d'une pelle et en assène un coup violent dans le cercueil. Le sang jaillit, on entend un long hurlement de douleur.




La caméra "traverse" le cercueil nous révélant le visage d'une jeune fille aux dents de vampires ; alors que la musique retentit, le générique commence en lettres rouge vif. (Et nous venons de voir au passage un des plus beaux génériques de l'histoire de la Hammer !)




À la fenêtre d'un château, un homme observe par un télescope un couple dont la voiture vient de tomber en panne. Le modèle du véhicule nous indique que nous sommes aux alentours de 1910. Marianne et Gerald Harcourt sont en voyage de noces. Pendant que le jeune homme part chercher de l'aide, Marianne reste seule près de la voiture. Un vent violent fait son apparition, mettant à mal les nerfs de la jeune femme qui prend la fuite, jusqu'à ce qu'elle tombe dans les bras de Zimmer, l'homme au coup de pelle du début du film. Celui-ci lui ordonne de retourner à la voiture où Marianne retrouve son mari.




Les Harcourt trouvent refuge au "grand hôtel", et se rendent compte qu'ils sont les seuls clients. L'établissement est tenu par un couple un peu bizarre mais sympathique. Un soir, une diligence portant à ses portes des armoiries, arrive dans la cour de l'hôtel. Le cocher apporte une lettre du "docteur" Ravna, l'homme au télescope vu plus haut, conviant le couple à un dîner. L'hôtelier les incite vivement à répondre favorablement à cette invitation. Marianne et Gerald se rendent donc au château, dont l'intérieur s'avère somptueux et accueillant. (Au passage, on reconnait le style typique de Bernard Robinson, notamment les colonnes torsadées).




Ravna présente à ses invités son fils, Carl, occupé à jouer du piano, et sa fille Sabena, mais, curieusement, omet de signaler l'existence d'une énigmatique jeune fille en robe rouge, qui sort subrepticement du château. La scène suivante nous la montre au cimetière occupée à inciter la fille vampire, victime du coup de pelle, à sortir de sa tombe. "Pourquoi n'es-tu pas venue nous voir ma chérie ?" lui dit-elle, tandis qu'elle tente de déblayer le cercueil. (À noter la filiation évidente avec la même scène des Maîtresses De Dracula où Freda Jackson "libère" la jeune fille vampire de sa tombe). La réponse lui apparaît alors : la pelle est restée enfoncée dans le coeur du cadavre. À ce moment Zimmer l'attrape par le bras, s'en suit une lutte au cours de laquelle la jeune fille, révélant sa nature de vampire, mord Zimmer au poignet.




Un montage alterné nous ramène au dîner chez les Ravna. Ce dernier fait des commentaires désabusés: "le vin que nous avons bu, les grappes de raisin ont été écrasées par les pieds d'un paysan, sales probablement... Le faisan dont nous nous sommes régalés a faisandé pendant cinq...", avant d'être interrompu par sa fille : "père, s'il vous plait !" Carl entreprend de jouer au piano une de ses compositions, ce qui a le pouvoir d'envoûter littéralement Marianne qui, subjuguée et comme hypnotisée par la musique, manque de défaillir. Pendant ce temps, Zimmer, revenu chez lui, cautérise sa morsure avant de s'évanouir. (Encore une scène en commun avec Brides Of Dracula, Van Helsing faisant de même dans le moulin, après qu'il se soit fait mordre par le baron Meinster). Les Harcourt prennent congé de leurs hôtes et rentrent à leur hôtel où ils croisent Zimmer, en état d'ivresse.




Au "grand hôtel", nous découvrons qu'un lourd secret pèse sur le couple d'aubergistes. Anna pleure devant une photo sur laquelle nous reconnaissons la jeune femme vampire du château : il s'agit de Tania, leur fille, que Ravna a fait disparaître. C'est pour elle que sa mère dispose régulièrement un couvert supplémentaire à chaque repas.




Un matin, alors que le ciel est couvert, Carl et Sabena arrivent à l'hôtel pour inviter les Harcourt à une soirée donnée dans leur château. Ils sont contrariés par l'intrusion de Zimmer qui ironise : "le temps s'améliore on dirait, le ciel se dégage !" À ces mots les Ravna se ruent à l'extérieur, protégés des rayons de soleil par un parapluie tenu par le cocher. Carl ordonne alors : "fonce, fonce comme un damné !" (Il faut souligner ici la grande liberté prise par Anthony Hinds par rapport aux codes habituels de la mythologie des vampires, ceux-ci pouvant par exemple, s'aventurer sans trop de risques en plein jour).




Malgré les avertissements de Zimmer, les Harcourt acceptent l'invitation et se rendent au château Ravna où est donné un bal masqué. Marianne et Gerald sont accueillis par Carl et sa soeur. Les invités portent des masques étranges et inquiétants. Carl en donne un de couleur rouge à Gerald, et s'empresse d'inviter Marianne à danser. Les valses se succèdent, et le couple reste seul à danser au milieu des invités qui les observent. Grâce à un merveilleux panoramique sur les visages masqués, nous comprenons que l'assistance est composée entièrement de vampires. (On peut légitimement penser que Roman Polanski s'en souviendra pour son Bal Des Vampires).




Carl met un masque rouge, et se fait passer pour Gerald aux yeux de Marianne. Il l'entraîne dans une chambre dans laquelle il la projette violemment. Des halètements proviennent d'un lit à baldaquin. Ravna y est allongé, prostré, un mince filet de sang aux lèvres. Le plan suivant nous le montre attirant Marianne sur sa couche. La caméra le filme en gros plan se penchant sur elle, les crocs proéminents. Une séquence alternée nous permet de retrouver Gerald, ivre, à qui on administre une drogue dans son verre. On le traîne dans une chambre où il perd connaissance.




Le bal est fini : les invités quittent leur masque, et s'habillent de blanc. Ils pénètrent tous dans une salle où Ravna, vêtu de la même manière, leur présente Marianne : "un nouveau disciple". (Il est clair que dans cette scène, les vampires sont décrits comme une secte dont Ravna serait le gourou qui viendrait de faire un nouvel adepte).




Le lendemain, Gerald a du mal à retrouver ses esprits. La caméra subjective nous le présente descendant péniblement les marches pour se rendre au rez-de-chaussée. Là, il se retrouve face à Carl à qui il demande des nouvelles de Marianne ; celui-ci lui répond : "vous venez sous notre toit, vous vous enivrez à tel point qu'il vous faut une nuit de sommeil pour dessoûler, et ensuite, vous cherchez une certaine Marianne ?" Il enfonce le clou en certifiant que son hôte est venu seul. Le serviteur met sans ménagement Gerald à la porte du château. En cours de chemin, il est renversé par une diligence et secouru par Zimmer qui le ramène au grand hôtel.




Là, Gerald se heurte à un mur d'incompréhension de la part de l'hôtelier qui affirme lui aussi ne pas connaître Marianne. De plus, ses vêtements ont disparu. Il se heurte aussi à l'incrédulité de la police. En désespoir de cause, il se tourne alors vers Zimmer, le suppliant de lui dire ce qui a pu arriver à sa femme. Celui-ci lui confie savoir où elle se trouve au grand soulagement de Gerald. Zimmer lui raconte alors une histoire : "J'avais une fille. Je l'adorais. Alors qu'elle était très jeune, elle s'enfuit à la ville. Elle fréquenta alors ce que l'on appelle l'élite. Elle vécut avec un homme. Elle finit par rentrer à la maison, ou plutôt ce qu'il restait d'elle rentra à la maison. Elle souffrait d'une maladie. Elle était devenue un vampire, et l'homme responsable de son mal s'appelait Ravna". "Mon Dieu ! et Marianne qui est avec lui !" s'écrie alors Gerald qui veut partir tout de suite secourir son épouse. Zimmer lui demande d'attendre le moment propice, mais le jeune homme ne l'écoute pas et se rend au château.




Il se retrouve dans la chambre de Tania, apparemment endormie, et lui demande de le conduire jusqu'à sa femme. Évidemment Tania le mène dans la gueule du loup, c'est à dire auprès de Ravna et de Carl, lequel lui attache les mains avec l'aide du serviteur. Sabena arrive accompagnée de Marianne, visiblement en transe. Ravna lui dit : "prouve moi que tu ne l'aimes pas". Marianne crache alors sur son mari. Puis, Ravna intime l'ordre à Tania "d'initier" Harcourt. Celle-ci, toutes canines dehors, déchire la chemise de Gerald et lui enfonce les ongles dans la poitrine. Cependant, Harcourt réussit à se détacher, et trace une croix sur sa peau avec son propre sang. Profitant de la confusion, Zimmer fait son apparition, et aide Gerald à faire sortir Marianne du château. Après avoir tué le serviteur en renversant sur lui un pilier en pierre, les deux hommes s'enfuient en ayant pris soin de tracer une croix sur la porte d'entrée principale, afin d'emprisonner les vampires à l'intérieur.




Zimmer explique à Gerald qu'il possède une formule magique visant à retourner le mal contre lui-même. Ravna porte à la connaissance de ses adeptes les desseins de Zimmer. Il compte ramener Marianne au château en l'hypnotisant à distance, afin de s'en servir pour se protéger d'une attaque, un "bouclier humain", en quelque sorte.

Marianne quitte sa chambre et marche vers le château à travers la forêt. Gerald court à sa poursuite, accompagné d'un prêtre et finit par la rattraper. (Il faut souligner ici la grande beauté plastique de ces séquences nocturnes, qui inspireront les non moins magnifiques affiches françaises présentes sur ce site).




Dans son petit laboratoire d'alchimiste, Zimmer fait des incantations après avoir tracé un pentacle à la craie : c'est alors que des milliers de chauves-souris envahissent le château, brisent les vitres et attaquent les vampires, qui périssent un à un vidés de leur sang. Ainsi, nous assistons à la fin de Carl, Sabena, et Tania. (Notons au passage que le film fait preuve ici d'un érotisme discret : nous pouvons en effet apercevoir quelques petites culottes, ce qui était audacieux pour l'époque. Toute la scène se déroule sans musique : on n'entend que les cris d'effroi, le fracas des vitres brisées, le battement d'ailes des chauves-souris, ce qui contribue grandement à la réussite de cette séquence). Ravna est le dernier à périr.




Les dernières images nous montrent Marianne retrouver ses esprits au côté de Gerald et du prêtre, alors que les chauves-souris quittent le château.




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Le Baiser Du Vampire fut la deuxième tentative de faire un film de vampire sans Dracula, après le mal nommé Brides Of Dracula. Non seulement le célèbre comte n'apparaissait pas, (il se rattapera par la suite), mais aucun des acteurs vedettes de la Hammer n'était présent au générique. De même, un nouveau venu Don Sharp, remplaçait l'omniprésent Terence Fisher avec la réussite que l'on sait. Malheureusement, la suite de sa carrière fut moins intéressante, malgré un bon Raspoutine. Le scénariste Anthony Hinds apportait de la nouveauté au traitement du vampirisme à l'écran, en s'affranchissant en partie des codes liés au genre. La très belle photo était due à Alan Hume, un nom lui aussi inhabituel dans un générique de la firme. Clifford Evans remplaçait parfaitement Peter Cushing dans un rôle similaire à Van Helsing. Le jeune couple de héros, interprété par Jennifer Daniel, que l'on reverra dans La Femme Reptile, et Edward de Souza qui joua aussi dans Le Fantôme De L'Opéra sont tous les deux très crédibles. Noël Willman joue de manière très distanciée, presque en retrait, mais confère ainsi à son rôle l'autorité dûe à son rang. Les personnages de second plan sont tous excellemment interprétés, notamment Barry Warren, inquiétant dans le rôle de Carl, et Peter Madden émouvant dans celui de Bruno, l'hôtelier. La palme revient toutefois à Isobel Black qui interprète une des meilleures femmes vampires de la Hammer, avec un mélange d'innocence et de perversité. Malheureusement là encore, nous n'aurons plus l'occasion de la voir dans les mêmes conditions. Il faudra attendre Les Sévices De Dracula, (encore un film sans Dracula malgré le titre), pour la retrouver, mais dans un rôle de "gentille" très effacé.

Il ne faut pas oublier la musique, signée James Bernard, qui a dans ce film une grande importance, notamment lors de la scène du bal, où on peut entendre des valses qui s'enchaînent les unes après les autres. James Bernard composa aussi le thème au piano qu'il appela "le concerto de la dent", que l'on peut entendre au générique, et évidemment joué par Carl au moment de la première visite des Harcourt au château. Il faudrait aussi parler des liens évidents entre Le Baiser Du Vampire et Les Maîtresses De Dracula. Une partie du scénario inexploitée de The Brides Of Dracula, notamment la fin, a fini par se retrouver dans Kiss Of The Vampire. Il y a aussi en commun dans les deux films l'absence de Dracula, la présence de nombreuses belles femmes vampires, l'aspect "corrupteur" du vampirisme, certaines scènes absolument jumelles comme on l'a vu plus haut.

Le Baiser Du Vampire est une des plus éclatantes réussites de la Hammer, et il serait temps que justice lui soit rendue par la sortie d'un DVD digne de ce nom.

Note concernant la date du film. 1962, 1963 ou 1964, toutes les années sont en effet citées dans les diverses références à ce film. D'après ma documentation, le tournage du film a commencé à l'automne 1962. La sortie aux USA est 1964. La date précise pour Paris est le 6 juin 1964. On peut donc supposer que le film est sortie en Angleterre en 1963 puisque beaucoup de fiches techniques indiquent cette année. Concernant l'explication pour le délai de 1962 à 1964 : Les distributeurs ont retardé la sortie du film de 6 à 8 mois, pour ne pas gêner la sortie de Les Oiseaux de Hitchcock, les deux films ayant en commun les mêmes scènes choc. Cela dit, Le Baiser Du Vampire ne copia pas Les Oiseaux puisqu'il fut tourné avant. Enfin tout cela est anecdotique.

Ce film est disponible en DVD Zone 1 avec pistes anglaise (DD 2.0 mono), sous-titré en français et en espagnol, dans un digipack incluant huit films de la Hammer : The Hammer Horror Series (28333). Il va s'en dire que pour tous les connaisseurs de la Hammer, ce digipack se révèle être un vrai petit bijou. Vous pouvez consulter les critiques des films de ce digipack dans la section du même nom.

Ce film est également disponible, chez Image Entertainment (ID4286USDVD), en DVD Zone 1 avec pistes anglaise dans une édition très minimaliste, c'est à dire juste le film avec la possibilité de sélectionner les chapitres. Un travail de restauration, autant au niveau du son que de l'image aurait été grandement appréciée sur cette édition, qui ne correspond plus du tout aux normes d'aujourd'hui. Aucune bande-annonce ni supplément n'est présent. Il est possible de le trouver en vidéocassette dans l'usagé, en anglais seulement. Vous pouvez consulter les critiques de ce DVD dans la section du même nom.

Texte rédigé par Daniel Rapina.

Mise en page et photos par Daniel Frenette alias Dracula.




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