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Frankenstein Must Be Destroyed
Le Retour De Frankenstein

Grande-Bretagne. 1969. 101 minutes. Technicolor. Film d'horreur réalisé par Terence Fisher. Producteur : Anthony Nelson-Keys. Scénario : Bert Batt d'après une histoire de Anthony Nelson-Keys et Bert Batt. Photographie : Arthur Grant. Directeur artistique : Bernard Robinson. Musique : James Bernard. Supervision musicale : Philipp Martell. Montage : James Needs et Gordon Hales. Maquillage : Eddie Knight. Production : Hammer Film Productions - Warner Bros / Seven Arts. Distribution : Warner-Pathé Distributors (UK) et Warner Bros Pictures (USA). Sortie en Grande-Bretagne le 22/05/1969, en France le 03/12/1969 et aux États-Unis le 11/02/1970.

Principaux interprètes : Peter Cushing (Baron Frankenstein), Veronica Carlson (Anna), Freddie Jones (Professeur Richter), Simon Ward (Docteur Karl Holst), Thorley Walters (Inspecteur Frisch), Maxine Audley (Ella Brandt), George Pravda (Dr Brandt), Geoffrey Bayldon (Le médecin légiste), Colette O'Neill (La folle), Harold Goodwin (Le cambrioleur), Peter Copley (Le principal), Jim Collier (Dr Heidecke), Allan Surtees et Windsor Davies (Les sergents de police), Franck Middlemass, George Belbin, Norman Shelley et Michael Gover (Les hôtes de la pension d'Anna).

Sur fond d'un générique en lettres gothiques rouge, un homme portant un carton à chapeau et dont on ne voit que les jambes, marche dans une rue. Une autre personne descend d'une voiture à cheval, paie le cocher, et se dirige vers son domicile. Le bras ganté de noir du mystérieux inconnu apparaît tout d'un coup et décapite le malheureux avec une faucille. Le sang gicle sur la plaque de l'habitation qui nous indique le nom de la victime : docteur Heidecke.




La séquence suivante nous présente un cambrioleur s'attaquant au verrou d'une porte. Il est dérangé dans sa besogne par l'arrivée de l'assassin de Heidecke qui ne le remarque pas tout de suite. Le voleur pénètre dans une pièce de la maison qui se trouve être un laboratoire, et tente de s'y cacher. Il est effrayé à la vue d'un corps congelé dans une sorte de cabine vitrée, et heurte bruyamment une table. Le meurtrier, au visage monstrueux, lui fait soudain face et se jette sur lui. Les deux hommes se livrent une lutte acharnée au cours de laquelle la tête décapitée roule en dehors du carton à chapeau. Terrorisé, le cambrioleur parvient à s'enfuir. Alors, l'inconnu arrache brusquement le masque qui lui dissimulait le visage, révélant les traits de Peter Cushing / Frankenstein, le maître des lieux. Il soulève une trappe dans le plancher, et jette en toute hâte son masque et le corps, preuves compromettantes de ses crimes et de ses travaux. Le voleur est arrêté dans sa fuite par un agent de police, qui a remarqué des traces de sang sur ses vêtements.




L'inspecteur Frisch (interprété de manière savoureuse par un pilier de la Hammer, Thorley Walters, qui compose pour cette occasion un personnage de policier enrhumé et vaniteux plutôt amusant), mène l'enquête, accompagné du médecin-légiste. Les indices trouvés dans la maison, et la disparition du corps d'un docteur à la morgue les amènent à suspecter un médecin.




Frankenstein gagne Altenburg et descend à la pension d'Anna Spengler sous une fausse identité. Le docteur Holst, le fiancé d'Anna, travaille à l'asile d'aliénés où est interné le docteur Brandt, un spécialiste de la transplantation de cerveaux, frappé de démence incurable. Au cours d'une conversation entre pensionnaires, Frankenstein apprend le lieu où le savant se trouve. Ils ont tenté ensemble par le passé des expériences que les quatre hommes de la pension condamnent au nom de la morale. Ne pouvant plus se contenir, Frankenstein les apostrophe d'un ton sans réplique et méprisant : "Ce sont les esprits étroits comme vous qui empêchent le progrès d'éclore à travers les siècles".




Le baron ramasse sur le seuil de la porte une boîte de médicament que le docteur Holst a perdue. Il a surpris une conversation entre Anna et Karl lui apprenant que le jeune couple se livre à un trafic de cocaïne, pour subvenir aux frais occasionnés par la maladie de la mère d'Anna. Frankenstein fait du chantage à Karl : s'il refuse de l'aider à enlever le docteur Brandt, il le dénoncera aux autorités. La présence du baron dans la maison d'Anna provoque le départ des pensionnaires.




Frankenstein et Holst cambriolent un magasin de matériel chirurgical. Affolé par l'arrivée d'un gardien de nuit, Karl tue le malheureux homme d'un coup de scalpel. La nouvelle met Anna au désespoir, et l'emprise de Frankenstein conduit le jeune couple dans une spirale infernale. Karl demande à Anna de quitter la maison, mais celle-ci refuse, ne pouvant se résoudre à abandonner son fiancé. Comme ce dernier exige de connaître l'identité du baron, celui-ci lui révèle, non sans l'avoir frappé. Frankenstein a pour projet de sortir Brandt de l'hôpital afin de le guérir de sa folie. Le savant connaît une technique concernant la transplantation des cerveaux humains qu'il n'a pu révéler au baron : il est devenu fou avant. Frankenstein est prêt à tout pour apprendre ce secret.




Le directeur de l'hôpital demande à Madame Brandt de ne plus rendre visite à son mari, celui-ci ne se rendant même plus compte de sa présence. Les cambriolages ont conduit l'inspecteur à Altenburg, où la liste des objets volés confirme ses doutes concernant la profession du meurtrier.




Avec la complicité de Karl, Frankenstein et lui s'introduisent dans l'hôpital. Ils assomment un gardien assoupi après s'être emparés de son trousseau de clés. Au moment où ils veulent administrer une piqûre à Brandt, ce dernier se débat et tente de s'échapper. Une patiente se met alors à pousser des hurlements dans la cellule voisine. Frankenstein frappe Brandt qui perd connaissance. Ils le traînent vers la sortie où les attend Anna avec une voiture à cheval. L'alerte est donnée et les chiens sont lancés sur les traces des fugitifs. (Belle séquence nocturne dans le brouillard dûe à Arthur Grant). Ils parviennent à prendre la fuite.




L'inspecteur porte à la connaissance de son épouse que Brandt a été enlevé, et qu'il soupçonne l'ancien collègue de son mari : Frankenstein. Il lui demande si elle sait où il habite ; elle répond par la négative. Frankenstein et Holst ont transporté Brandt dans le sous-sol de la pension aménagé en laboratoire. Il décède d'une crise cardiaque. Frankenstein a décidé de greffer son cerveau dans un corps sain et de l'opérer dès que le corps receveur aura récupéré. Atterré, Karl comprend que pour procéder à cette intervention, il faudra commettre une nouveau meurtre. Frankenstein a choisi la victime : le professeur Richter de l'asile d'aliénés.




Alors qu'Anna en nuisette mauve très suggestive s'apprête à se coucher, Frankenstein, soudainement troublé par ses charmes, viole la jeune femme. (On sait que cette séquence ajoutée à la toute fin du tournage, "parce qu'il n'y avait pas assez de sexe dans ce film", d'après James Carreras, a profondément écoeuré Peter Cushing et Terence Fisher. La scène est malgré tout parfaitement réalisée, et l'acteur remarquable de justesse, ce qui prouve, si besoin était, l'immense talent de ces deux hommes).




Frankenstein, secondé par Holst transplante le cerveau de Brandt dans le crâne du corps de Richter. (La scène de l'opération est déjà pour l'époque, assez gore, notamment du point de vue auditif. En effet, la bande-son ne nous épargne pas le bruit de la scie sur la boîte crânienne. Terence Fisher et la Hammer iront plus loin dans le gore dans Frankenstein & Le Monstre De L'Enfer, mais c'est une autre histoire). L'opération est une réussite. Le baron et Karl enterrent le cadavre de Brandt dans le jardin.




La police perquisitionne la pension sans résultat, car les agents ne remarquent pas la porte menant à la cave. Frankenstein a compris la cause de la folie de Brandt : en supprimant la compression du nerf moteur sur le cerveau et en détruisant les cellules endommagées, il espère le guérir. Il procède à l'opération : à l'aide d'une sorte de vilebrequin chirurgical et d'une longue aiguille, il extirpe du cerveau de Brandt la lésion responsable de sa déraison. L'opération réussit : le patient répond aux questions du baron par l'intermédiaire de la main.




La canalisation d'eau du jardin explose brusquement, faisant apparaître le cadavre enterré. Anna le traîne précipitamment dans un recoin du jardin pour le dissimuler. (Veronica Carlson est une fois de plus particulièrement sexy, les vêtements trempés lui collant le corps).




L'épouse de Brandt reconnaît Frankenstein dans la rue, et, l'ayant suivi, force la porte de la pension. Ne pouvant alors se dérober, le baron lui avoue avoir enlevé son mari, et, usant d'un subterfuge, lui montre le convalescent que les bandages rendent méconnaissable. Frankenstein fait valoir auprès de Ella Brandt, d'abord apeurée, la générosité de son acte : il a enlevé le praticien afin de l'opérer et de lui rendre la raison. Méfiante, Ella Brandt questionne alors son "mari", qui ne pouvant, lui parler, lui répond par des signes de la main. Convaincue, elle exprime sa gratitude au baron et à Karl.




Ella Brandt à peine partie, Frankenstein, Anna, et Karl prennent la fuite en emmenant l'opéré. Le lendemain, Ella revenue à la pension, trouve la demeure vide ; folle d'inquiétude, elle prévient la police qui ne tarde pas à découvrir le cadavre de Brandt. "Le trio infernal" a trouvé refuge dans une maison abandonnée connue de Frankenstein.




Le jeune couple a décidé de fausser compagnie à leur maître-chanteur. Le malade reprend connaissance. Il enlève les bandages lui recouvrant la tête, ne reconnaît tout d'abord pas ses mains, puis découvre, désespéré, sa nouvelle apparence dans un miroir. Anna croise le chemin du malheureux, prend peur, et malgré les paroles apaisantes de Brandt, lui donne un coup de scalpel au ventre. Pendant ce temps, Frankenstein a surpris Karl en train d'atteler les chevaux pour s'enfuir. Les deux hommes de battent, et le baron assomme Karl, le laissant évanoui. Il découvre Anna prostrée, et la tue quand il apprend qu'elle a blessé Brandt. (Étonnant de voir dans un film Hammer, le baron assassiner des innocents sans états d'âme). Karl, fou de douleur, trouve le corps sans vie de sa fiancée.




La nuit, Brandt pénètre dans son domicile par effraction, sans attirer l'attention de son épouse endormie. Le matin venu, Ella découvre une lettre écrite par son mari. Caché derrière un paravent, il rapporte son incroyable histoire à son épouse. N'ayant nulle part ailleurs où aller, il sait que Frankenstein se précipitera dans cette maison. Brandt a décidé de se venger. Il rassemble des lampes à huile, et met la main sur les notes tant convoitées par son collègue.

Ella, voulant s'enfuir, tombe nez à nez avec Bandt. Elle s'évanouit en le voyant, puis tente de le tuer. Alors, il comprend que jamais elle ne l'acceptera comme mari sous sa nouvelle apparence ; il préfère donc la laisser partir. Puis, il asperge toutes les pièces d'un liquide inflammable.




Frankenstein pénètre dans la maison, et est accueilli par ces paroles de Brandt : "imaginons que je suis l'araignée, et vous la mouche. Ce que vous voulez est sur mon bureau, le jeu consiste pour vous à essayer d'arriver jusque là". Alors, Brandt lance une à une, les lampes devant chaque porte, déclenchant aussitôt un incendie général. Il tire sur Karl au moment où celui-ci pénétrait dans la maison. Après s'être emparé des documents, Frankenstein brûle Brandt au visage, et parvient à sortir de la maison. Il est coupé dans son élan par Karl qui le fait trébucher. Alors que les deux hommes se battent, Brandt estourbit Karl, et s'empare de Frankenstein. Il le porte sur son dos et retourne dans la maison en flammes malgré les supplications du baron. Ils disparaîssent tous les deux dans le brasier.




Générique final en lettres gothiques blanches, sur fond de maison qui brûle, alors que retentit la musique de James Bernard.




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Bert Batt, un caméraman ami de Anthony Nelson-Keys, a écrit le scénario en sa compagnie. Pour un coup d'essai, on peut dire que c'est un coup de maître. Parenthèse pendant le règne de Anthony Hinds / John Elder en tant que scénariste, le script du Retour De Frankenstein retrouve le style frénétique du Jimmy Sangster de la première période Hammer. Le film est véritablement sans temps morts, Terence Fisher nous raconte cette histoire tragique et échevelée avec tout le talent qu'on lui connaît.

Les techniciens habituels de la Hammer font du beau travail comme de coutume : Arthur Grant à la photographie, est toujours aussi à l'aise, en particulier dans les séquences nocturnes. Inutile de revenir sur le véritable génie qu'était Bernard Robinson, responsable une fois de plus des magnifiques décors gothiques du film. James Bernard a composé pour l'occasion une musique nerveuse et frénétique, tout à fait dans l'esprit du film.

On ne le dira jamais assez : Peter Cushing a composé pour ce film un de ses meilleurs personnages : tour à tour cruel, maître-chanteur, cynique, méprisant, charmeur, puis, pour finir complètement terrorisé, il éclabousse l'écran de sa classe. À ses côtés, les jeunes Simon Ward et Veronica Carlson trouvent dans ce film leur meilleur rôle au sein de la Hammer, en particulier l'actrice, manifestement bien dirigée par Terence Fisher.

Thorley Walters et Geoffrey Bayldon forment un duo très drôle, l'un, dans un registre ampoulé, l'autre désapprobateur et agacé par les outrances de son compagnon. Freddie Jones que l'on reverra dans Elephant Man, est bouleversant en homme qui se réveille dans le corps d'un autre. Maxine Audley, la maman aveugle d'Anna Massey, dans Le Voyeur, est au diapason de Freddie Jones dans le même genre de registre.

Pour conclure, je préfère citer Bernard Charnacé, auteur, dans "Fantastyka", du plus bel hommage à Terence Fisher en langue française que je connaisse : "Terence Fisher semble avoir atteint avec ce film un sommet. Celui d'un art consommé, mais également le nirvana d'une saga, l'ultime crise et le dénouement final qui mettent un terme à la quête du baron". Dans le même article, Bernard Charnacé citait Terence Fisher à propos du Retour de Frankenstein : "Je n'étais pas fondamentalement intéressé par l'opération, le chantage, etc. Le film ne démarre vraiment qu'au moment où l'homme comprend qu'il est différent. Il n'y a qu'une chose qui importe, et à laquelle je ne suis pas toujours parvenu : c'est le flux des émotions entre les individus, les motifs pour lesquels ils sont dans une situation donnée et leurs réactions face à celle-ci".

Pour ce film, le moins qu'on puisse dire est qu'il y est largement parvenu, en alliant parfaitement psychologie et action : un vrai chef-d'oeuvre.

Ce film est disponible en DVD Zone 1 avec pistes anglaise et française, ainsi que des sous-titres en anglais, français et espagnol. En vidéocassette, dans l'usagé, en anglais seulement chez la Warner Home Video. Paru également en DVD Zone 2 (France) avec pistes anglaise, française et allemande, ainsi que des sous-titres dans ces mêmes langues et autres. Vous pouvez consulter les critiques de ces DVD dans la section du même nom.


Les DVD Zone 1 et Zone 2 (France).


Bande-annonce du film.


Texte rédigé par Daniel Rapina.

Mise en page et photos par Daniel Frenette alias Dracula.


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