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Frankenstein Created Woman
Frankenstein Créa La Femme
Grande Bretagne. 1967. 92 (USA) ou 86 minutes. Technicolor. Film d'horreur et de science-fiction réalisé par Terence Fisher. Directeur artistique : Bernard Robinson. Assistant directeur artistique : Don Mingaye. Directeur de la photographie : Arthur Grant. Supervision montage : James Needs. Montage : Spencer Reeve. Musique : James Bernard. Supervision musicale : Philip Martell. Scénario : John Elder. Producteur exécutif : Anthony Hinds. Producteur : Anthony Nelson Keys. Assistant metteur en scène : Douglas Hermes. Ingénieur du son : Ken Rawkins. Montage son : Roy Hyde. Continuité : Eileen Head. Coiffures : Frieda Steiger. Garde-robe : Rosemary Burrows et Larry Stewart. Maquillage : Georges Partleton. Production menager : Ian Lewis. Caméraman : Moray Grant. Effets spéciaux : Les Bowie. Distribution des acteurs : Irene Lamb. Production : Hammer Film - Seven Arts Productions. Distribution : Warner-Pathé Distributors (UK) et Twentieth Century-Fox Film Corporation (USA). Sortie aux États-Unis le 15/03/1967, en Grande-Bretagne le 18/06/1967 et en France le 08/11/1967.
Principaux interprètes : Peter Cushing (Baron Frankenstein), Susan Denberg (Christina), Thorley Walters (Docteur Hertz), Robert Morris (Hans), Duncan Lamont (Le père de Hans), Peter Blythe (Anton), Barry Warren (Karl), Derek Fowlds (Johann), Alan MacNaughtan (Kleve, l'aubergiste, père de Christina), Peter Madden (Le chef de la police) Philip Ray (Le maire) Ivan Beavis (Le deuxième aubergiste), Colin Jeavons (Le prêtre), Bartlett Mullins (Un spectateur) Alec Mango (Un porte-parole au procès), Kevin Flood (Le geôlier), Lizbeth Kent (Première dame), John Maxim (Le sergent), Stuart Middleton (Le jeune Hans), Anthony Viccars (Le deuxième porte-parole au procès), Patrick Carter et Howard Lang (les gardes).
Deux gardiens entraînent un homme manifestement sous l'emprise de l'alcool vers une guillotine dressée sur les hauteurs d'une lande désolée. Un prêtre les rejoint à dos d'âne et commence à lire des prières. Les traits du condamné se figent à la vue d'un enfant qui assiste à la scène. C'est Hans, son fils. L'homme le supplie de quitter les lieux. Croyant son fils éloigné, il demande alors à ses gardiens d'en finir. Le couperet s'abat sur sa tête sous les yeux de son fils, fou de douleur. La lame remonte lentement vers le ciel : début du générique en lettres de couleur rouge au son d'une musique majestueuse.
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Le temps est passé, Hans, devenu un solide jeune homme est l'assistant du docteur Hertz qu'il aide à sortir un caisson d'une sorte de chambre froide. A l'intérieur se trouve le baron Frankenstein qui vient de passer une heure enfermé. Il ne semble pas donner signe de vie. Ils parviennent à le réanimer avec des décharges électriques. L'expérience a prouvé que malgré sa mort "théorique" pendant une heure, l'âme du baron n'avait pas quitté son corps... Pourquoi ? où était l'âme ? pouvait-il l'emprisonner ? autant de questions que se pose Frankenstein. Pour fêter l'évènement, les deux médecins envoient Hans chercher du champagne à l'auberge, mais sans lui donner d'argent. Hertz lui offre son manteau pour le protéger du froid.
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Hans ne rencontre à l'auberge que Christina, la fille du propriétaire, qui a le visage en partie défiguré, et qui boite de manière très prononcée. Leur conversation est interrompue par l'arrivée du père de Christina qui accepte de troquer une bouteille de champagne contre le manteau du docteur Hertz. Trois hommes élégamment habillés, des jeunes hobereaux de la région, font irruption dans l'auberge, et commandent du vin, "le meilleur". Anton, qui semble être le leader de la petite bande, exige d'être servi par Christina dont les trois hommes se moquent de manière odieuse. Elle renverse un verre de vin sur Anton, qui aussitôt, la bouscule et l'injurie. Hans lui demande de faire des excuses, mais au lieu de çà, il le traite de "fils d'assassin". Aussitôt, Hans le frappe au visage. Il s'en suit une violente bagarre entre le jeune homme et les trois compères qui finit par un coup de couteau sur le front d'Anton et l'arrivée de la police appelée par l'aubergiste. Hans est maîtrisé par deux policiers et désarmé par l'aubergiste à qui Hans jure qu'il le tuera pour çà. Hans est emmené par les policiers et Christina se retire dans sa chambre. Frankenstein et Hertz rentrent dans l'auberge. Le baron accepte de soigner Anton contre de l'argent qui va leur permettre de dîner à l'auberge.
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Hans a rejoint Christina dans sa chambre. Ils parlent de leur père respectif, Hans craignant d'avoir le destin du sien, et Christina confiant au jeune homme les tentatives de son père pour la soigner. Elle lui parle aussi de la souffrance morale qu'elle endure à cause de ses handicaps. Les deux jeunes gens se disent leur amour l'un pour l'autre, et s'embrassent passionnément. Pendant ce temps, le baron et le docteur Hertz ont fini leur repas et quittent l'auberge. Les trois jeunes hommes en font de même, après avoir demandé au patron de leur faire crédit. Ils vont sous la fenêtre de la chambre de Christina, et Anton se met à chanter un air dont les paroles odieuses visant Christina exacerbent la haine de Hans envers les trois hommes. Ces derniers, pourtant bien ivres, décident de retourner à l'auberge continuer de boire. Entre-temps, Frankenstein et Hertz se livrent à une nouvelle expérience qui consiste à "libérer une force emprisonnée dans le roc". Anton et sa bande attendent le départ de l'aubergiste qui a oublié de fermer la porte à clé, s'introduissent dans l'établissement et commencent à boire. L'aubergiste s'est aperçu de son oubli et revient sur ses pas. Les trois hommes se cachent mais leur présence est trahie par une bouteille qui roule sur le plancher. Ils lynchent à mort le malheureux et s'enfuient.
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Frankentein tire avec un pistolet sur un verre qui ne se brise pas : il a réussi cette fois à créer une barrière infranchissable qui servira à "rendre la vie après la mort". Frankenstein tente de faire comprendre ses théories à Hertz : il veut transférer une âme dans son appareil, "réparer" un corps endommagé par un accident, puis y "introduire" l'âme, alors, il aura vaincu la mort. Sur ces paroles, le baron s'endort.
Après avoir embrassé Christina qui se rend en diligence consulter un docteur, Hans court vers l'auberge, devant laquelle il trouve un groupe de personnes qui regarde à travers les fenêtres. Il est appréhendé par deux policiers qui l'inculpent du meurtre de l'aubergiste. Pendant le procès, l'accusation fait le rapprochement "tel père, tel fils", et le manteau trouvé sur les lieux du crime fournit la preuve de la culpabilité du jeune homme. Il refuse d'avouer où il a passé la nuit pour ne pas nuire à la réputation de Christina. Se privant de cet alibi, Hans est condamné à mort, malgré les témoignages en sa faveur de Frankenstein.
Le baron a décidé d'extraire l'âme du condamné pour la transférer dans un corps différent. Pour cela, il demande à Hertz de récupérer le corps de Hans le plus vite possible après son exécution. Hertz parvient à convaincre un geôlier de faire cette besogne pour lui, en ayant pour cela recours à un petit chantage.
Hans est conduit à l'échafaud, placé au même endroit où a été exécuté son père. Christina, qui revient chez elle en diligence, voit la scène et se précipite au secours de Hans. Trop tard, la lame a coupé la tête qui tombe dans un panier. Folle de douleur, Christina court à perdre haleine et se jette dans la rivière.
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Le geôlier et un collègue emportent comme convenu le corps sans tête de Hans chez le baron. Sans perdre de temps, les deux médecins entreprennent d'isoler l'âme de Hans, à l'aide d'appareillage électrique complexe, de réflecteurs et de rayons lumineux. L'opération a réussi, et les deux hommes contemplent avec satisfaction l'âme emprisonnée. Des hommes leur apportent le corps sans vie de Christina. Frankenstein voit l'opportunité de mettre ses théories en pratique. Il se sait capable de guérir les infirmités de Christina et d'accomplir "un miracle".
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Les deux hommes enlèvent les bandages qui recouvrent le visage de Christina. L'opération est une réussite totale : il n'y a plus aucune cicatrice sur sa figure et elle marche tout à fait normalement. Elle peut se contempler avec plaisir dans un miroir, mais une question la tourmente : "qui est-elle ?" Frankenstein lui interdit de sortir. Hertz lui apprend que dans le passé, elle était infirme et défigurée, et que c'est grâce au génie de Frankenstein qu'elle est devenue ce qu'elle est.
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Les deux médecins tentent une expérience : ils conduisent Christina, les yeux bandés, jusqu'à l'échafaud. Après un petit moment, elle pousse un cri à la vue de la guillotine : "papa" ! Frankenstein est satisfait, c'est la preuve que l'âme de Hans est bien dans le corps de Christina, mais seulement par intermittence.
La nuit, Christina se lève de son lit, et marche dans sa chambre comme une somnambule. Anton passe sous sa fenêtre, et entend la voix de Hans l'appeler par son nom. Il s'enfuit et court rejoindre ses deux compagnons à l'auberge. Les trois hommes jouent aux cartes, et Anton, qui a trop bu, cherche querelle aux deux autres qui finissent par le laisser seul. Après avoir renversé un verre, Il est expulsé des lieux sans ménagements par le nouveau patron. Son attention est attirée par Christina, debout sous un réverbère. La jeune femme ne tarde pas à le séduire et à le convaincre de le suivre dans "une maison vide", en fait, l'ancien logement de Christina. Arrivé sur place, Anton mime la démarche de l'ancienne habitante des lieux, et Christina a du mal à contenir sa colère. Elle disparaît dans une pièce adjacente, et après quelques instants, Anton entend la voix de Hans dire : "tue le Christina ! tue le " ! Le plan suivant montre la lame de la guillotine s'abattre puis remonter, ensanglantée.
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Karl et Johann vident une bouteille à l'auberge. Ils se demandent qui a bien pu tuer Anton. Comme Johann parle de châtiment "pour ce qu'ils ont fait", Karl se met en colère et lui ordonne de se taire. A ces mots, Johann abandonne son compagnon. Christina entre dans l'auberge, et prétend "avoir manqué la diligence". Ébloui par la beauté de la jeune femme, Karl lui offre à boire. Christina écarte son verre de la bouteille pour que du vin coule sur sa jupe. Karl se précipite pour l'essuyer. Troublé, il l'embrasse fougueusement. La jeune femme le repousse doucement et va dans la cuisine "pour laver sa jupe". Elle s'empare d'un gros hachoir, et en donne un grand coup à Karl. On entend la voix de Hans : "tue le Christina ! tue le "!
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Le plan suivant, Christina fend une bûche et se fait gronder par Hertz parce que "ce n'est pas un travail pour une jeune fille délicate comme elle". A l'auberge, on a découvert le corps sans tête de Karl, avec écrit en lettres de sang sur le plancher : "Hans". Johann est terrorisé et s'enfuit sans perdre un instant. La population a vite fait de conclure que Hans n'a pas pu agir seul. Armés de haches et de gourdins, ils exigent une entrevue avec le baron Frankenstein. Ils l'accusent de sorcellerie, et pour se disculper, Frankenstein fait exhumer le corps de Hans qui se trouve bien dans le cercueil mais pas sa tête. La séquence suivante nous montre Christina dans sa chambre, parlant à la tête de Hans qui lui répond : "tu vas tuer Johann, tue le ! tue le" !
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Johann fait ses bagages en toute hâte. Frankenstein a compris que c'est l'âme de Hans qui a soif de vengeance, et qui a tué Anton et Karl par l'intermédiaire de Christina. Il veut partir à sa recherche pour l'empêcher de faire une troisième victime, mais il est retenu chez lui par la police. Pendant ce temps, Johann a réussi à prendre la diligence. Christina est à l'intérieur. Le baron a décidé de dire la vérité, mais les autorités on bien du mal à croire une histoire aussi fantastique.
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Dans la diligence, Christina offre à boire à Johann. Il a l'impression de l'avoir déjà rencontrée. La jeune femme ne le contredit pas. Pendant ce temps, la police dit à Frankenstein son intention de détruire la créature. A ces mots, le baron leur fausse compagnie en passant par les toits. Il part à la recherche de Christina en voiture à cheval. Alors que Johann et la jeune femme s'embrassent, la diligence s'arrête. Soudoyé par Christina, le cocher fait croire à un problème de fer à cheval. Christina propose à Johann de finir le chemin à pieds, et de "manger dans le bois." Ils s'assoient dans une clairière, et comme Johann lui demande qui elle est, elle lui répond : "je suis Christina", et aussitôt, elle lui donne des coups de couteau. Frankenstein, qui a croisé la diligence, court à travers les bois pour la retrouver à temps. Trop tard ! il arrive pour voir Christina parler avec la voix de Hans à la tête décapitée qui était dans un carton à chapeau : "tu as rempli ta mission Christina, maintenant, tu peux reposer en paix." Le baron l'interpelle : "Christina !" A la vue de Frankenstein, la jeune femme s'enfuit après avoir lâché la tête de Hans.
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Elle s'arrête au bord d'une falaise qui surplombe un torrent. Frankenstein lui dit qu'elle n'est pas responsable des crimes. Mais Christina a décidé d'en finir et se jette dans l'eau, se suicidant ainsi une deuxième fois. Triste et résigné, Frankenstein quitte les lieux pendant que défile le générique final en lettres de couleur rouge.
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Dans la série des Frankenstein réalisés par Terence Fisher, "Created Woman" tient une place à part. Le baron semble un peu assagi, préoccupé par des questions métaphysiques, et le film dépeint beaucoup plus les destins des deux jeunes gens que les habituelles occupations plus ou moins chirurgicales du docteur. Pour résumer ce qui motive le baron, il veut "isoler l'âme". On est bien loin des deux premiers films fondateurs de la saga des Frankenstein Hammer : "Curse"et Revenge Of Frankenstein. En fait, Frankenstein Created Woman fut envisagé par la Hammer dès 1958 comme une suite possible de La Revanche De Frankenstein, et aurait dû faire partie de la série abandonnée Tales Of Frankenstein. Le titre était bien évidemment inspiré par Et Dieu Créa La Femme de Roger Vadim, une idée qui enthousiasma la Twentieth Century-Fox.
Le film a toutes les qualités de conte de fées pour adultes cher à Terence Fisher. Il suffit pour s'en convaincre de se rappeler Christina habillée en costume Tyrolien d'opérette, chapeau fleuri compris. Il y a aussi un aspect bucolique délicieux dans le film, notamment lors de la séquence du pique-nique tournée durant l'été 1966, saison magnifiquement rendue à l'écran avec le soleil qui brille à travers les arbres, et une chaleur presque palpable. Comme dans un "fairy tale", les méchants sont très méchants et finissent par être bien punis, et les héros vivent un amour pur et tragique. Et Frankenstein dans tout çà ? Il tente bien de combattre l'ordre naturel des choses, mais il échoue une fois de plus. Sa sublime création, qui aurait pu être l'aboutissement de toutes ses recherches, est motivée par des desseins criminels, et finit par se donner la mort.
Susan Denberg, magnifique autrichienne de 22 ans découverte par la Hammer dans la double page centrale du magazine Playboy, réussit une plutôt bonne performance dans le rôle de Christina. J'aime particulièrement la séquence joliment éclairée par Arthur Grant, où elle aguiche Anton à la lueur d'un réverbère. Il y a bien sûr le mystère des nombreuses photos où on la voit en deux-pièces de couleur blanche, sur la table d'opération, Peter Cushing à ses côtés, ou ce dernier la portant dans ses bras. Or, ces scènes ne figurent pas dans le film. Jean-Pierre Bouyxou dans son Frankenstein paru chez Premier Plan rapporte un extrait du magazine Cinémonde du 24 janvier 1967 sous la plume de Tony Crawley : " je l'ai trouvée (Susan Denberg) attachée, entre les mains de Cushing, sur la fameuse table où Frankenstein fait ses expériences. Mais vite, dès que la séquence fut tournée, d'un saut gracieux, Susan vint à moi. Comme je lui fais remarquer que l'action se passant soi-disant dans les Carpathes, au siècle dernier, sa tenue est ravissement insolite, elle s'écrie : j'ai eu beau le dire à la production, tout le monde a prétendu qu'en temps qu'ex blue-bell-girl, il était normal que je me montre en tenue légère".
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Susan Denberg en page centrale du magazine "Playboy" d'août 1966. D'autres photos de Susan Denberg sont disponibles ici.
Alors, scènes coupées ou ajout publicitaire hors métrage ? Dans les deux cas, j'avoue ma perplexité : pourquoi la Hammer aurait coupé ces scènes au potentiel commercial très fort ? et comme ces séquences sont bien innocentes, même pour l'époque, il serait étonnant que ce soit la censure. Et J. P. Bouyxou faisait remarquer à juste titre : "on voit mal la Hammer ériger à grands frais un décor presque uniquement pour y faire prendre quelques photos et priver les spectateurs de la grande scène de "la mise en vie" de la créature, si valable sur le plan commercial." Une autre énigme à ajouter au dossier Hammer.
Pour revenir à Susan Denberg, on sait malheureusement qu'elle a eu des graves problèmes de santé mentale liés à la drogue, et certaines sources affirment qu'elle se serait suicidée. D'autres, comme IMDB la disent toujours en vie, et je préfère croire à cette version. Il est en tout cas notable que Susan Denberg est une des rares actrices ayant participé à un film de la Hammer qui ne se montre pas à l'occasion des nombreuses manifestations célébrant le studio. En 1969, elle confiait à News Of The World : "Il me semblait que j'allais enfin percer lorsque j'ai eu le rôle principal aux côtés de Peter Cushing dans Frankenstein Créa La Femme... Le film est sorti et l'on m'a salué pour mon physique et non pour mon jeu. Cela n'avait pas d'importance, je croulais sous les propositions, c'était juste à moi de faire ma sélection. Enfin c'est ce que je pensais..."
Thorley Walters ressemble dans le film à Geppetto dans Pinocchio. Il ne comprend pas où veut en venir Frankenstein, mais il lui est tout à fait dévoué. Le trio des jeunes hobereaux est interprété par d'excellents acteurs, dont Barry Warren qui se prénomme dans le film Karl, comme dans Le Baiser Du Vampire ! Hans est joué par le sympathique Robert Morris, que l'on verra la même année dans Quatermass And The Pit. Il a rapporté une anecdote très savoureuse à propos de son rôle dans Frankenstein Créa La Femme : "à cette époque, j'étais vraiment très passionné par les motivations du personnage et par les sous-entendus. Alors, lorsqu'ils m'ont demandé ce que je pensais du personnage, je me suis lancé dans un long discours afin d'expliquer pourquoi mon personnage agissait ainsi. Irene Lamb, la directrice du casting, m'a dit qu'une fois que je suis sorti, Terry Fisher s'est retourné vers Tony Hinds et lui a dit : " nom de Dieu, est-ce qu'on avait pensé à tout çà ?" Il faut signaler aussi la présence en chef de police borné de Peter Madden, une silhouette familière aux amateurs de l'horror british. Il tient en particulier le rôle de Bruno, l'aubergiste, dans Le Baiser Du Vampire. Enfin pour l'anecdote, le sergent de police est joué par John Maxim, qui interprétait le cocher récalcitrant dans Dracula Prince Des Ténèbres, et Duncan Lamont, un autre habitué de "l'horror" tient le rôle du père de Hans.
La musique a une place importante comme toujours dans les films Hammer. Son compositeur, James Bernard disait à ce sujet : "Christina est une belle jeune fille infirme que le baron Frankenstein a tenté de rendre parfaite avec des conséquences tragiques. Cette composition exprime, je l'espère, sa gentillesse et sa tristesse. Elle se compose de deux parties, une en ton mineur, suivie d'une en ton majeur passant à nouveau en mineur, la partie la plus animée, qui se trouve au milieu du morceau, correspond à son bref rêve éveillé où elle se voit danser librement et sans entraves."
Le film souffre peut-être d'un problème de structure : Il y a distinctement une première partie avec les expériences de Frankenstein, et les malheurs du duo Christina / Hans. Une fois le couple maudit devenu une seule et même personne, ou plutôt, un beau corps féminin habité par une âme masculine, le film de Fisher devient une histoire de vengeance dans sa seconde partie, un peu au détriment de l'homogénéité du film. Un défaut de scénario assez courant chez Anthony Hinds. On retrouve un monstre animé par l'esprit de vengeance dans les dernières parties de films comme Une Messe Pour Dracula, ou Dans Les Griffes De La Momie. En revanche, reconnaissons à Anthony Hinds une certaine profondeur à ses scripts et notamment à celui-là : les implications que posent les théories de Frankenstein sur le transfert des âmes sont intéressantes, tout comme l'est son désir de fournir à sa création une conscience. D'ailleurs, Martin Scorcese ne s'y est pas trompé, et disait à propos de Frankenstein Créa La Femme : "Si j'ai choisi celui-ci, c'est parce que dans ce film, on isole l'âme, qui a la forme d'une grosse boule bleue translucide. Les idées métaphysiques que cela suppose, sont proches de quelque chose de sublime".
Pour finir, regrettons que le thème de l'androgynie n'ait pas été plus exploité par Terence Fisher et Anthony Hinds / John Elder. On peut facilement imaginer par exemple Christina dans les bras d'Anton ou de Karl, qui répondrait à leurs avances en roucoulant avec la voix de Hans. Il est vrai que cela aurait peut-être trop entraîné le film vers une autre voie... Plus tard, sur un thème très voisin, Brian Clemens se montrera sur ce sujet tout aussi timide avec Doctor Jekyll And Sister Hyde. Mais les gens de la Hammer ont certainement eu raison de ne pas aller plus loin dans cette direction : elle aurait probablement trop emprunté le chemin de la comédie.
Ce film a été édité par Anchor Bay en DVD Zone 1 (en édition simple et en programme double) dans la collection "The Hammer Collection", avec des pistes anglaise (DD 2.0) et en DVD Zone 2 (France) par Metropolitan dans la collection "Les Trésors De La Hammer" avec piste anglaise et française (DD 2.0), ainsi que des sous-titres en français. Vous pouvez consulter la critique de ce DVD dans la section du même nom.
Bande-annonce du film.
Texte rédigé par Daniel Rapina.
Mise en page et photos par Daniel Frenette alias Dracula.
Copyright ©
2008 The Hammer Collection.Net et The Hammer Collection de Daniel
Frenette.
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